Interview de Pascal Pavard, en charge de l’électrification de la flotte de véhicules légers du groupe EDF, réalisée au Fleet & Mobility Day, à l’Hippodrome de Longchamp.
Avec plus de 48 300 véhicules légers répartis dans 34 pays, la flotte du groupe EDF figure parmi les plus importantes à avoir engagé sa transition vers l’électrique. Plus de dix ans après ses premiers déploiements, Pascal Pavard livre un retour d’expérience sans détour, entre premier échec, méthode de catalogue de solutions et perspectives pour 2027.
Sommaire : EDF flotte électrique
Un premier échec riche d’enseignements
L’histoire de l’électrification chez EDF ne commence pas par un succès. En 2014 – 2015, le groupe intègre plus de 1 500 véhicules utilitaires légers électriques, de type Kangoo, dans le cadre d’un engagement politique fort en faveur du véhicule électrique.
« Ce qui n’a pas marché, c’est que c’était un engagement politique d’avoir des véhicules électriques, ce qui était très bien et absolument nécessaire. Malheureusement, on n’avait pas, pour ces 1 500 véhicules, des 1 500 cas d’usage qui correspondaient à ces véhicules », explique Pascal Pavard. Résultat : des véhicules mal adaptés à certains usages, et du bad buzz interne. Un échec qui deviendra pourtant le socle de la méthode actuelle d’EDF.
EV100, l’engagement qui change d’échelle
En décembre 2017, EDF devient le premier groupe français à rejoindre l’initiative EV100, lancée par l’ONG Climate Group, qui vise à électrifier les flottes de véhicules légers d’entreprise d’ici fin 2030. Le 1er juillet 2018, le groupe lance le projet EV100 Group, un programme de massification de l’électrification de ses véhicules légers, au niveau mondial.
48 300 véhicules, 42,4% déjà électriques
Aujourd’hui, la flotte de véhicules légers du groupe EDF compte plus de 48 300 véhicules, répartis dans 34 pays et sur plus de 2 000 sites, dont 89% en France.
Fin 2025, plus de 20 500 véhicules de cette flotte étaient électriques, soit un ratio de 42,4%. Selon Pascal Pavard, EDF devrait dépasser les 50% de véhicules électriques d’ici la fin de l’année 2026.
La méthode EDF : faire matcher cas d’usage et solutions
Tirant les leçons de l’échec de 2014 2015, EDF a mis en place une méthode structurée, fondée sur l’analyse précise des cas d’usage. Concrètement, l’entreprise a constitué un catalogue de solutions, croisant véhicules électriques disponibles et solutions de recharge associées.
« Pour nous, ça ne matche que quand on a un véhicule 100% électrique, les VHR ne comptent pas. Et une ou des solutions de recharge qui, associées à ce véhicule électrique, permettent de satisfaire le cas d’usage », précise Pascal Pavard. Résultat de cette méthode : 86% des cas d’usage de la flotte EDF peuvent aujourd’hui être électrifiés avec une solution satisfaisante.
Les 14% qui résistent encore à l’électrification
Il reste donc 14% de cas d’usage non couverts. Il s’agit principalement de véhicules tout terrain, utilisés pour des missions très spécifiques liées au cœur de métier d’EDF.
« Les lignes électriques passent dans les champs. Il y a un moment, quand il faut les réparer, il faut aller au pied de la ligne », illustre Pascal Pavard, citant aussi l’accès aux barrages hydroélectriques en montagne, y compris en hiver en cas d’incident technique. Des offres commencent toutefois à émerger sur ce segment, avec un premier pick up désormais intégré au catalogue de solutions EDF, et l’arrivée annoncée de gros véhicules tout terrain à grande autonomie.

Une meilleure visibilité réglementaire et énergétique
Sur la stabilité réglementaire, longtemps pointée du doigt par les gestionnaires de flotte, Pascal Pavard note une évolution positive. Les bonus écologiques ont disparu, remplacés par les certificats d’économie d’énergie (C2E), qui s’inscrivent davantage dans une logique de moyen et long terme.
EDF propose par ailleurs des contrats garantissant le prix de l’électricité jusqu’à cinq ans, permettant aux gestionnaires de flotte de construire un calcul de TCO avec une meilleure visibilité prédictive sur cette durée, que ce soit pour des flottes de véhicules légers ou de poids lourds.
Le TCO électrique, plus avantageux après neuf ans de REX
Sur la base de neuf ans de retour d’expérience, EDF constate que le véhicule électrique reste moins cher que le véhicule thermique en matière de coûts de maintenance, hors carrosserie. Les données disponibles montrent également que les batteries tiennent aujourd’hui dans la durée mieux que prévu initialement.
« On a une vision beaucoup plus claire sur 5 à 10 ans de l’évolution des coûts d’un véhicule électrique aujourd’hui que ce qu’on avait il y a 10 ans », résume Pascal Pavard.
Le vrai sujet de 2027 selon Pascal Pavard
Après les avantages en nature (AEN), sujet dominant de l’année 2026, Pascal Pavard identifie un nouvel enjeu pour 2027 : l’évolution du prix du carburant pétrolier. Un argument supplémentaire, selon lui, pour accélérer l’électrification des flottes plutôt que de temporiser.
FAQ
Depuis quand EDF électrifie t elle sa flotte de véhicules légers ?
EDF a intégré ses premiers véhicules électriques en masse dès 2014 2015, avant de structurer sa démarche à partir de 2017 avec l’initiative EV100.
Qu’est ce que l’initiative EV100 ?
EV100 est une initiative lancée par l’ONG Climate Group, qui vise à accompagner les entreprises dans l’électrification complète de leurs flottes de véhicules légers d’ici fin 2030. EDF a été le premier groupe français à y adhérer, en décembre 2017.
Quelle part de la flotte EDF est aujourd’hui électrique ?
Fin 2025, 42,4% des 48 300 véhicules légers du groupe étaient électriques, un taux qui devrait dépasser les 50% d’ici fin 2026.
Pourquoi certains véhicules de la flotte EDF ne sont ils pas encore électrifiés ?
Environ 14% des cas d’usage, principalement des véhicules tout terrain destinés à l’accès aux lignes électriques ou aux barrages hydroélectriques, ne disposent pas encore d’une offre électrique pleinement satisfaisante, même si des solutions commencent à apparaître.
Le véhicule électrique est il plus rentable que le thermique sur la durée ?
Selon le retour d’expérience d’EDF sur neuf ans, le véhicule électrique affiche des coûts de maintenance inférieurs au thermique, hors carrosserie, avec une tenue des batteries meilleure que prévu.
Pour plus d’interviews réalisées au Fleet & Mobility Day : Freshmile, Jumpivi, Polestar
Pour en savoir plus sur l’électrification de vos poids lourds : Mobilité électrique : accélérez l’électrification de votre flotte et de vos poids lourds