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Christian Rose : « Ce n’est pas un manque de volonté, c’est une question de capacité à y aller»

Stratégie et déploiement

À l’occasion du salon Drive to Zero, organisé à Paris Expo Porte de Versailles, nous avons rencontré Christian Rose, directeur Transport et Logistique de la Confédération des Grossistes de France (CGF). Alors que les objectifs de décarbonation du transport routier s’intensifient, les entreprises du commerce de gros se retrouvent confrontées à une équation complexe : électrifier leurs flottes tout en préservant leur compétitivité.

Avec près de 40 000 poids lourds, 190 000 véhicules utilitaires légers et 230 000 véhicules particuliers exploités ou utilisés par les entreprises du secteur, la transition énergétique représente un chantier majeur. Si la profession partage les ambitions de décarbonation, elle estime que l’offre actuelle de véhicules et les conditions économiques ne permettent pas encore d’atteindre les objectifs fixés au rythme souhaité.

La décarbonation du transport au cœur des enjeux de la CGF

La Confédération des Grossistes de France rassemble 30 fédérations professionnelles couvrant l’ensemble des secteurs du commerce de gros.

Au-delà de son rôle de représentation, elle accompagne des entreprises qui occupent une place particulière dans la chaîne logistique française. Elles sont à la fois clientes des transporteurs, donneuses d’ordres mais également transporteurs pour compte propre.

« Les entreprises de commerce de gros ont cette particularité d’être à la fois des chargeurs (…) mais également transporteurs pour compte propre. »

Cette double activité place naturellement la question de la décarbonation au cœur de leurs préoccupations.

Comment réussir la décarbonation du transport des flottes ?

Le secteur représente des volumes particulièrement importants.

Les entreprises du commerce de gros exploitent directement environ 40 000 poids lourds ainsi que 190 000 véhicules utilitaires légers. À cela s’ajoutent près de 230 000 véhicules légers utilisés quotidiennement par les commerciaux et techniciens itinérants.

Pour Christian Rose, la question est désormais simple :

« Toute la grande question qu’on se pose, c’est comment la décarboner ? Comment l’électrifier ? »

Face aux objectifs fixés par les pouvoirs publics, les entreprises savent qu’elles devront transformer progressivement leurs flottes.

L’électrification avance, mais les freins restent nombreux

La CGF ne remet pas en cause les objectifs de réduction des émissions de CO₂. En revanche, elle estime que le calendrier actuel ne correspond pas encore aux réalités opérationnelles.

Selon Christian Rose, plusieurs obstacles demeurent.

Le premier concerne tout simplement l’offre de véhicules.

Pour certaines catégories de poids lourds, notamment les porteurs de 14 à 19 tonnes largement utilisés par les grossistes, les modèles 100 % électriques restent encore très peu nombreux.

« Aujourd’hui, lorsque vous vous tournez vers les constructeurs, vous n’avez quasiment pas d’offre de véhicules porteurs en 100 % électriques. »

Autrement dit, les entreprises ne peuvent pas acheter des véhicules qui n’existent pas encore en nombre suffisant.

Un mix énergétique jugé indispensable

Dans cette phase de transition, la CGF défend une approche pragmatique.

Plutôt que de miser exclusivement sur l’électrique, elle estime que plusieurs carburants alternatifs peuvent contribuer à réduire rapidement les émissions.

Christian Rose cite notamment :

  • le B100,
  • le biogaz,
  • le XTL.

Ces solutions permettent déjà de diminuer les émissions de CO₂ tout en répondant aux contraintes opérationnelles de nombreuses entreprises.

« On considère qu’il y a d’autres énergies alternatives qu’il ne faut pas leur tourner le dos. »

L’électrique reste l’objectif à long terme, mais le secteur souhaite disposer de plusieurs leviers pendant cette période de transition.

Le coût total de possession reste un enjeu majeur

Au-delà du prix d’achat, c’est surtout le TCO (Total Cost of Ownership) qui guide les décisions des entreprises.

Aujourd’hui, même si certaines applications deviennent rentables, le véhicule électrique demeure encore plus coûteux dans de nombreux cas.

Pour les grossistes, qui évoluent dans un environnement très concurrentiel, cette différence peut rapidement devenir problématique.

« Si certaines entreprises vont plus vite que leurs voisins à s’électrifier, elles risquent de se mettre en difficulté sur le plan concurrentiel. »

La CGF appelle donc à un accompagnement permettant aux entreprises d’avancer au même rythme.

Certaines activités se prêtent néanmoins particulièrement bien à l’électrique.

Les tournées urbaines de quelques centaines de kilomètres quotidiennes permettent déjà d’obtenir des coûts d’exploitation intéressants, notamment lorsque les entreprises produisent leur propre électricité grâce à des installations photovoltaïques.

Soutenir l’offre autant que la demande

Pour Christian Rose, les aides publiques ne doivent pas uniquement soutenir les acheteurs.

Il estime indispensable d’accompagner également les constructeurs afin qu’ils développent plus rapidement une offre adaptée aux besoins des professionnels.

« S’il n’y a pas un soutien à l’offre qui soit à la hauteur de l’ambition, on n’y arrivera pas. »

L’objectif est double :

  • accélérer la production de véhicules adaptés ;
  • réduire leur coût afin qu’ils deviennent compétitifs face aux modèles thermiques.

L’industrie européenne face au défi de la compétitivité

Au-delà des enjeux environnementaux, Christian Rose alerte également sur la situation de l’industrie automobile européenne.

Selon lui, la montée en puissance des constructeurs étrangers constitue un véritable défi.

« Nous sommes relativement inquiets de l’avenir de la filière automobile européenne. »

Le développement d’une offre compétitive apparaît donc comme un enjeu industriel autant qu’environnemental.

Les entreprises du commerce de gros, dont certaines sont directement liées à la réparation automobile, ont tout intérêt à préserver une industrie française et européenne forte.

Une transition qui devra s’appuyer sur des solutions réalistes

À travers cette interview réalisée lors du salon Drive to Zero, Christian Rose rappelle que les entreprises du commerce de gros ne contestent pas les objectifs de décarbonation.

Elles demandent avant tout que les moyens techniques, industriels et économiques permettent réellement de les atteindre.

L’électrification des poids lourds et des véhicules utilitaires constitue une évolution inévitable, mais elle devra s’accompagner d’une offre plus mature, de coûts plus compétitifs et d’un soutien renforcé à l’ensemble de la filière.

Comme le résume Christian Rose :

« Ce n’est pas une question de manque de volonté. C’est vraiment une question de capacité à y aller. »

Pour la CGF, la réussite de cette transition passera donc autant par l’innovation industrielle que par des politiques publiques capables d’accompagner durablement les entreprises dans leur transformation.

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