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Podcast transports 🎙️ Changement de vitesse avec Clément Guillemot

Fiscalité et réglementationLogiciels et IA

Directeur des programmes start-up et de l’écosystème chez Via ID, ClĂ©ment Guillemot accompagne, au sein du Moove Lab, les jeunes entreprises qui imaginent la mobilitĂ© de demain. Depuis Station F, il observe aux premières loges les Ă©volutions d’un secteur confrontĂ© Ă  la contraction des investissements, Ă  l’essor de l’intelligence artificielle et Ă  la nĂ©cessitĂ© de retrouver des modèles Ă©conomiques solides. Dans ce nouvel Ă©pisode de Changement de vitesse, il dĂ©crypte les critères qui distinguent les projets prometteurs et les dĂ©fis que l’Europe doit relever pour faire grandir ses futurs champions. 

Le Moove Lab, une porte d’entrée sur le marché européen

Créé en 2017 par Via ID et Mobilians, le Moove Lab est l’accélérateur dédié à la mobilité de Station F. Chaque année, il reçoit plus de 300 candidatures, mais moins de 10 % des start-up intègrent finalement le programme. Deux promotions sont sélectionnées pour bénéficier d’un accompagnement intensif de quatre mois, ainsi que d’un accès privilégié aux acteurs de l’industrie, aux investisseurs et aux partenaires de l’écosystème.

Initialement centré sur le marché français, le programme a progressivement pris une dimension européenne. Près de 40 % des candidatures proviennent désormais d’autres pays du continent. Ce positionnement permet aux entreprises françaises de préparer leur développement à l’international, mais aussi aux start-up étrangères de mieux comprendre les spécificités du marché français.

Derrière le pitch, une équipe et un besoin concret

Pour intégrer le Moove Lab, une idée séduisante ne suffit pas. Les équipes analysent notamment le marché ciblé, la pertinence de la solution, le modèle économique, la stratégie commerciale, les premiers signes de traction et le niveau de validation auprès des clients.

La qualité de l’équipe reste cependant déterminante. À un stade précoce, une start-up peut encore être amenée à faire évoluer son produit, son positionnement ou même son marché. La capacité des fondateurs à écouter, à apprendre et à se remettre en question constitue donc un indicateur essentiel.

Autre point de vigilance : la réalité du besoin auquel répond la solution. Certaines offres peuvent sembler innovantes sans résoudre un problème suffisamment urgent pour déclencher l’achat. Pour Clément Guillemot, les entrepreneurs doivent revenir en permanence à une question simple : quel problème concret résolvent-ils pour leur client ?

L’accélérateur les aide ensuite à se concentrer sur quelques priorités : rencontrer les bons décideurs, structurer une levée de fonds, affiner leur stratégie ou trouver les premiers partenaires capables de déployer leur solution à plus grande échelle.

La fin de l’argent facile remet les fondamentaux au centre

L’écosystème de la mobilité traverse aujourd’hui une période de nette contraction. En Europe, les investissements en capital dans les start-up du secteur seraient passés d’environ 15 milliards de dollars au sommet de 2021 à 5 milliards en 2025. En France, les montants levés auraient été divisés par trois entre 2023 et 2025.

Cette baisse s’inscrit dans le ralentissement plus large du capital-risque, mais traduit aussi une évolution du marché. Plusieurs segments, comme la recharge électrique ou les batteries, sont entrés dans une phase plus industrielle, financée davantage par la dette et les fonds d’infrastructure. Dans le même temps, l’intelligence artificielle concentre une part croissante de l’attention des investisseurs.

Pour autant, la mobilité conserve un fort potentiel d’innovation, notamment dans l’IA, la robotique, les véhicules autonomes, la cybersécurité ou encore la relation client. Mais les attentes ont changé : les investisseurs regardent désormais au-delà du montant des levées de fonds et demandent une trajectoire crédible vers la rentabilité, généralement à trois ou cinq ans.

L’Europe doit apprendre à faire grandir ses champions

L’Europe sait faire émerger des start-up prometteuses, mais rencontre encore des difficultés pour les accompagner après les séries B et C. Le manque de capitaux disponibles pour les phases de croissance avancée pousse certaines entreprises à chercher des financements hors du continent.

La fragmentation du marché européen constitue un autre frein. Une start-up peut bâtir une activité solide dans son pays d’origine, mais doit ensuite composer avec de nombreuses réglementations, pratiques commerciales et réalités locales pour changer d’échelle. Là où d’autres acteurs disposent immédiatement d’un immense marché domestique, les entreprises européennes doivent souvent conquérir plusieurs pays successivement.

Dans ce contexte exigeant, Clément Guillemot invite les entrepreneurs à rester concentrés. Vouloir lancer simultanément plusieurs produits, cibler différents marchés et multiplier les canaux commerciaux peut rapidement disperser les ressources. Son principal conseil : écouter, choisir ses priorités et revenir constamment au besoin du client.

Malgré les difficultés, il souligne surtout la résilience des entrepreneurs. Créer une entreprise dans la mobilité suppose de naviguer entre réglementation, cycles industriels longs et chaînes de valeur complexes. Mais c’est aussi cette ténacité qui permet de transformer progressivement une innovation en solution adoptée à grande échelle.

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