Après son arrivée au Parlement européen, Karima Delli reste l’une des figures les plus engagées sur les questions de mobilité et de transition écologique. Fille d’ouvriers, issue d’une famille de 13 enfants dans le nord de la France, elle a construit son parcours loin des codes traditionnels de la politique. Son engagement, né autant des injustices sociales que des enjeux environnementaux, l’a conduite à défendre pendant quinze ans une vision ambitieuse des transports en Europe : moins polluants, plus accessibles et plus équitables.
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Une écologie pensée comme une question sociale
Très tôt, Karima Delli refuse l’idée selon laquelle l’écologie serait réservée aux classes favorisées. Pour elle, les premières victimes de la pollution et du dérèglement climatique sont justement les populations les plus précaires. Cette conviction structure l’ensemble de son engagement politique. Son parcours atypique dans les institutions européennes lui donne rapidement une lecture différente des enjeux de mobilité : derrière chaque débat technique se cachent des réalités sociales très concrètes, qu’il s’agisse d’accès à l’emploi, de santé publique ou de pouvoir d’achat.
Une ascension politique portée par les sujets de mobilité
Élue au Parlement européen en 2009 presque “par accident”, comme elle le raconte elle-même, Karima Delli va progressivement s’imposer comme une spécialiste des transports et de la transition écologique. En rejoignant la Commission des transports et du tourisme du Parlement européen, elle décide de faire de la pollution de l’air et de la décarbonation des mobilités des priorités politiques.
L’un des tournants majeurs de son parcours intervient lorsqu’elle porte un rapport appelant à sortir progressivement du diesel. À l’époque, cette position provoque de fortes tensions politiques et industrielles, notamment face aux constructeurs automobiles et aux lobbies européens. Malgré les pressions, elle maintient sa ligne. Quelques mois plus tard éclate le Dieselgate, révélant les logiciels truqueurs installés sur certains moteurs diesel. Cette crise marque un basculement dans le débat européen sur les transports et la pollution de l’air.
Le Dieselgate, révélateur des limites du modèle automobile
Pour Karima Delli, le Dieselgate a révélé le retard de l’industrie auto européenne sur la transition énergétique. Dès 2015, elle alertait sur la nécessité d’anticiper l’électrique et la concurrence chinoise. Elle prônait une approche globale : accompagner les constructeurs, former les salariés et repenser l’usage de la voiture.
Selon elle, la mobilité future ne se limite pas au remplacement du thermique par l’électrique. L’enjeu est aussi la place de la voiture en ville et le développement du covoiturage, des transports publics, du vélo et des mobilités partagées.
Défendre une mobilité plus accessible et plus durable
À la tête de la Commission des transports et du tourisme du Parlement européen pendant huit ans, Karima Delli a mené des dossiers majeurs (trains de nuit, vélo, droits des passagers, décarbonation) et plaidé pour des politiques publiques cohérentes afin de ne pas ralentir les investissements. Elle souligne l’importance des entreprises dans la transition, notamment via les flottes automobiles alimentant le marché de l’occasion électrique. Elle appelle les pouvoirs publics à soutenir le rétrofit et à accélérer les infrastructures de recharge et les mobilités partagées.
Les ZFE et la qualité de l’air : un débat devenu politique
Aujourd’hui présidente de l’association Respire, Karima Delli poursuit son combat autour de la qualité de l’air et des impacts sanitaires liés aux transports. Elle défend notamment les Zones à Faibles Émissions (ZFE), souvent critiquées dans le débat public. Selon elle, le principal problème n’est pas l’existence des ZFE mais l’absence d’alternatives suffisamment développées : transports publics, véhicules accessibles, vélo ou infrastructures adaptées. Derrière ces mesures, elle défend une idée simple : la mobilité n’est pas seulement un sujet technique ou économique, mais aussi une question de santé publique et de qualité de vie.
Une vision européenne de l’innovation dans les transports
Convaincue que l’innovation peut accélérer la transition, Karima Delli a également lancé le European Startup Prize for Mobility, destiné à accompagner les startups européennes de la mobilité durable. L’objectif : éviter que les innovations européennes partent aux États-Unis ou en Chine et créer un véritable écosystème européen autour des mobilités de demain.
Pour elle, l’Europe doit redevenir un moteur industriel et technologique dans les transports. Entre véhicules électriques, cyclologistique, trains, covoiturage et infrastructures intelligentes, elle estime que les prochaines années seront décisives pour construire une mobilité à la fois décarbonée, accessible et socialement acceptable.
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