À l’occasion du salon Drive to Zero, organisé à Paris Expo Porte de Versailles, nous avons rencontré Pierre Delaigue, directeur de la Mobilité Connectée et Autonome chez VINCI Autoroutes et Leonard. Alors que les véhicules autonomes poursuivent leur développement à travers le monde, leurs applications dépassent désormais largement la voiture particulière. Robotaxis, navettes autonomes, poids lourds électriques ou encore infrastructures intelligentes ouvrent la voie à une nouvelle façon de concevoir la mobilité et le transport de marchandises.
Pour Pierre Delaigue, ces technologies ne doivent pas être considérées comme une fin en soi. Elles doivent avant tout répondre aux besoins des territoires, améliorer les déplacements et accompagner la décarbonation des transports. Parmi les innovations les plus prometteuses figure notamment la recharge dynamique par induction, qui pourrait permettre aux poids lourds électriques de se recharger directement en roulant.
Sommaire
Les véhicules autonomes entrent dans une nouvelle phase
Le marché des véhicules autonomes connaît une accélération importante, notamment en Chine et aux États-Unis, où plusieurs services commerciaux sont déjà opérationnels.
Pierre Delaigue distingue trois grandes catégories : les robotaxis, les navettes autonomes et les véhicules particuliers dotés de systèmes de conduite automatisée.
Aujourd’hui, près de 10 000 robotaxis circulent dans le monde. Principalement déployés en Chine, ils sont également présents dans plusieurs villes américaines et devraient prochainement arriver en Europe.
« À la fin de l’année, on devrait être passé de 10 000 à 20 000 robotaxis dans le monde. »
Concernant les voitures particulières, la plupart des modèles actuellement commercialisés disposent encore d’une assistance avancée à la conduite (niveau 2). Les véritables véhicules de niveau 3, capables d’assurer une délégation de conduite dans certaines situations, restent encore peu nombreux mais leur développement s’accélère.
Les navettes autonomes au service des territoires
Pour Pierre Delaigue, la philosophie européenne diffère de celle observée dans d’autres régions du monde.
L’objectif n’est pas de déployer une technologie parce qu’elle existe, mais de répondre à un besoin concret de mobilité.
« L’approche européenne consiste à partir du besoin du territoire et à trouver ensuite les solutions de mobilité adaptées. »
Les navettes autonomes apparaissent particulièrement pertinentes dans les zones rurales, les territoires peu denses ou les grands campus d’entreprises.
Certaines expérimentations sont déjà en cours en France afin de transporter les salariés au sein de grands sites industriels ou de proposer un service de mobilité dans des secteurs où les transports collectifs sont insuffisants.
Ces véhicules pourront également compléter les lignes de bus traditionnelles grâce à des trajets à la demande, offrant ainsi un service plus flexible et mieux adapté aux besoins des usagers.
Les poids lourds autonomes se rapprochent de la réalité
L’automatisation ne concernera pas uniquement les voitures ou les navettes.
Pour Pierre Delaigue, les poids lourds autonomes représentent l’une des prochaines grandes évolutions du transport routier.
Plusieurs entreprises expérimentent déjà cette technologie aux États-Unis sur des trajets autoroutiers.
Selon lui, le transport de marchandises constitue même un terrain particulièrement favorable au développement de la conduite autonome.
« Le transport de marchandises est, à certains égards, plus simple que le transport de personnes. »
À terme, ces véhicules pourraient parcourir de très longues distances avec une intervention humaine limitée, améliorant ainsi la productivité des transporteurs.
La recharge dynamique, une innovation majeure
Parmi les projets développés par VINCI Autoroutes figure la recharge dynamique par induction, une technologie permettant aux poids lourds électriques de récupérer de l’énergie tout en circulant.
Le principe est comparable à celui d’un chargeur à induction pour smartphone, mais intégré directement dans la chaussée.
Cette solution a déjà été testée sur un tronçon expérimental de 1,5 kilomètre de l’autoroute A10.
« Nous avons démontré qu’il était possible de recharger un poids lourd à pleine puissance et à pleine vitesse dans les conditions normales de circulation. »
L’objectif est désormais de passer d’un démonstrateur technique à un véritable service commercial sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Vers des camions à autonomie illimitée
Pour Pierre Delaigue, l’association entre la recharge dynamique et les poids lourds autonomes pourrait transformer en profondeur la logistique.
Tant que le camion circule sur une infrastructure équipée, il récupère l’énergie nécessaire à son fonctionnement.
Le principe est comparable à celui du train, qui s’alimente en continu grâce à son infrastructure.
« Tant qu’on est sur une infrastructure équipée, il n’y a plus de contrainte d’autonomie. »
Cette technologie permettrait également de réduire les immobilisations liées à la recharge.
À terme, combinée aux fonctions de conduite autonome, elle pourrait permettre aux camions d’assurer des trajets beaucoup plus longs tout en optimisant leur exploitation.
Un déploiement commercial envisagé au début des années 2030
Aujourd’hui, l’expérimentation menée sur l’A10 constitue avant tout une preuve de faisabilité.
La prochaine étape consiste à créer un premier corridor de recharge dynamique sur plusieurs dizaines de kilomètres, en partenariat avec des entreprises de transport utilisant quotidiennement cet itinéraire.
Selon Pierre Delaigue, un premier service commercial pourrait voir le jour au début des années 2030, sous réserve des décisions prises par l’État, propriétaire des infrastructures autoroutières.
« Les premières sections commerciales pourraient voir le jour au début des années 2030. »
VINCI Autoroutes souhaite ainsi proposer ce type d’investissements dans le cadre des futurs contrats autoroutiers afin d’accompagner l’électrification du transport routier.
Une nouvelle vision du transport de demain
À travers cette interview réalisée lors du salon Drive to Zero, Pierre Delaigue montre que la conduite autonome ne se limite plus à une innovation technologique. Associée à des infrastructures intelligentes comme la recharge dynamique, elle pourrait transformer durablement le transport de marchandises et améliorer la performance des flottes tout en accélérant leur décarbonation. Si plusieurs étapes réglementaires et économiques restent à franchir, les premiers déploiements commerciaux pourraient intervenir dès le début de la prochaine décennie, ouvrant une nouvelle perspective pour la mobilité connectée.