Après avoir exprimé, en juillet dernier, ses plus grandes réserves sur le Full Self-Driving de Tesla, le ministre des Transports Philippe Tabarot vient d’annoncer la mise en place d’essais sur les routes françaises. En attendant une prochaine décision européenne sur cette technologie de conduite autonome conçue par la firme d’Elon Musk.
C’est ce 2 septembre qu’à la surprise générale Philippe Tabarot a annoncé sur X avoir eu un «échange constructif» avec Elon Musk au sujet du dispositif FSD de Tesla. «Depuis plusieurs mois, les autorités françaises travaillent étroitement avec Tesla sur les adaptations techniques.», a-t-il expliqué. Avant de préciser que deux véhicules équipés seront mis à disposition par le constructeur pour des essais sur les routes françaises.
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Un changement de cap qui peut surprendre !
Rappelons qu’en juillet dernier, le même Philippe Tabarot expliquait pourquoi la France n’était pas prête à accepter en l’état le système de conduite autonome de Tesla. En cause, plusieurs sérieux problèmes de sécurité. Deux étaient tout particulièrement pointées.
1. Le respect des limitations de vitesse. Selon Philippe Tabarot, dans une zone limitée à 50 km/h, le véhicule pouvait monter à 70 km/h lorsque le reste du trafic circulait à cette vitesse, sans demande explicite du conducteur. Dans certaines circonstances, selon le ministre, le dépassement pouvait même atteindre 50 % de la limitation autorisée.
2. La vigilance du conducteur. Toujours selon le ministre des Transports, les données ne permettaient pas de garantir un niveau d’attention optimal dans certaines situations urbaines complexes. Notamment lors des changements de voie, du franchissement d’intersections ou des ronds-points. Le ministre rappelait, au passage, qu’avec ou sans FSD, «le conducteur reste responsable».
Une continuité plus qu’un revirement
La position française de juillet dernier ne signifiait pas pour autant un refus définitif. D’autant que cet été, le ministère a annoncé l’homologation de petits robots de livraison autonomes. De plus, les échanges se poursuivaient avec Tesla et les États européens. L’objectif: affiner l’analyse du système et déterminer les adaptations nécessaires. L’annonce du 2 septembre s’inscrit donc davantage dans la continuité que dans un véritable revirement.
D’autant que, depuis, Tesla semble avoir apporté des adaptations ou des propositions suffisamment avancées pour que les autorités françaises acceptent maintenant de les confronter à des essais en conditions réelles.
Mais qu’est-ce que le FSD ?
Malgré son nom, le Full Self-Driving n’est pas un système permettant aujourd’hui au conducteur de se désintéresser totalement de la conduite. Tesla utilise d’ailleurs la dénomination Full Self-Driving (Supervised), traduite en France par «Conduite entièrement automatique (supervisée)». En clair, le conducteur doit rester attentif et en capacité de reprendre le contrôle à tous moments.
Une distinction essentielle, notamment pour les entreprises et les gestionnaires de flotte: une éventuelle autorisation française ou européenne du FSD ne transférerait en aucun cas la responsabilité de la conduite au véhicule.
Les Pays-Bas, premier pays européen à avoir donné leur feu vert
Le 10 avril dernier, après avoir étudié et testé le dispositif pendant plus d’un an et demi les Pays Bas ont délivré une homologation provisoire au système de Tesla. Une décision qui fait suite à plus de 3 000 heures de tests dans des conditions variées, notamment dans une circulation urbaine complexe, sur différents types de routes et dans différentes conditions météorologiques.
Depuis, la Belgique, le Danemark, l’Estonie et la Lituanie ont rejoint les Pays-Bas. Le FSD Supervised est donc actuellement autorisé dans cinq pays de l’Union européenne. Ce qui ne signifie pas que Tesla a obtenu là un passeport pour toute l’Europe. Car l’approbation du FSD nécessiterait le soutien d’au moins 15 des 27 États membres représentant au moins 65% de la population de l’UE.
Bon à savoir : Selon Tesla, le FSD supervisé aurait enregistré 4,1 fois moins de collisions que les Tesla conduites manuellement dans les cinq pays européens où il est autorisé. Des résultats qui reposeraient sur plus de 100 millions de kilomètres parcourus entre avril et août 2026.
Une décision européenne en ligne de mire
Pour permettre l’utilisation du dispositif dans l’ensemble de l’UE, la demande doit maintenant être transmise à la Commission européenne avant d’être soumise aux États membres. Si la procédure aboutit favorablement, alors l’autorisation pourra être étendue à l’ensemble de l’UE. Selon Tesla (relayé par Reuters), un vote européen pourrait intervenir dès le 6 octobre.
Les essais français seront déterminants
Le ministère n’a pour l’instant communiqué ni le calendrier détaillé, ni la durée, ni les itinéraires ou les conditions exactes de ces essais français. Une certitude : ces deux véhicules auront un rôle bien plus important que celui de simples démonstrateurs technologiques. Le résultat de leur évaluation pourrait contribuer à déterminer (et clarifier) la position française et, avec elle, l’avenir du FSD sur les routes de l’UE.
A noter : Depuis 2015, plus de 200 expérimentations liées aux véhicules autonomes ont été menées en France, toutes technologies, catégories de véhicules et architectures confondues.
