À l’occasion des EMVO (États-Majors du Véhicule d’Occasion), organisés à l’Hippodrome de Paris-Longchamp par Le Journal de l’Automobile et SynerJ Média, nous avons rencontré Julien Billon, directeur général de AAA DATA. Acteur historique de la donnée automobile, l’entreprise observe depuis plus de 60 ans les évolutions du marché. À travers ses analyses, elle met en lumière plusieurs tendances fortes qui concernent directement les gestionnaires de flotte : électrification, montée de l’occasion, évolution des coûts d’exploitation et transformation du tissu des entreprises.
Sommaire
AAA DATA, un acteur historique de la donnée automobile
Créée il y a plus de soixante ans, AAA DATA s’est imposée comme l’un des principaux spécialistes français de la donnée automobile. L’entreprise intervient aujourd’hui sur plusieurs métiers : les statistiques de marché, l’enrichissement de données CRM, la dématérialisation des démarches administratives liées aux cartes grises et l’identification des véhicules grâce à leur immatriculation.
Ces données alimentent de nombreux acteurs de la filière automobile, qu’il s’agisse des constructeurs, distributeurs, assureurs, loueurs ou gestionnaires de flotte.
Comme le rappelle Julien Billon :
« On fait de la donnée depuis plus de 60 ans. »
Au-delà des véhicules, AAA DATA met également l’accent sur la connaissance des clients, un sujet devenu stratégique dans un contexte où le marché automobile reste sous tension.
Les petites flottes représentent l’essentiel du marché
Contrairement aux idées reçues, le marché des flottes d’entreprise n’est pas uniquement constitué de grands groupes disposant de centaines de véhicules.
Les données d’AAA DATA montrent que 77 % des flottes françaises comptent seulement un ou deux véhicules.
Pour Julien Billon, cette réalité est souvent sous-estimée alors qu’elle représente une part essentielle du tissu économique français.
« Quand on parle de flotte d’entreprise, on a toujours l’image des très grandes flottes. Mais 77 % des véhicules d’entreprise, c’est un à deux véhicules. »
Cette structure explique en partie pourquoi certaines évolutions du marché, notamment l’électrification, progressent moins rapidement que prévu.
L’électrification avance à deux vitesses
Si les véhicules électrifiés occupent une place grandissante dans les immatriculations professionnelles, cette dynamique est principalement portée par les grandes entreprises soumises aux obligations réglementaires.
Aujourd’hui, le parc des entreprises reste encore très largement thermique.
« Plus de 60 % des véhicules en parc, c’est encore du diesel. Et si on ajoute les essences, on est quasiment à 80 %. »
Selon Julien Billon, les grandes entreprises sont les premières concernées par les obligations de verdissement prévues par la réglementation. Les plus petites structures, elles, privilégient avant tout les solutions les plus adaptées à leur équilibre économique.
Le véhicule d’occasion séduit davantage les entreprises
L’une des tendances observées depuis 2025 concerne la progression du véhicule d’occasion dans les flottes.
Traditionnellement orientées vers le neuf, certaines entreprises, notamment les plus petites, arbitrent désormais en faveur de véhicules récents d’occasion.
Cette évolution répond à plusieurs facteurs : maîtrise des coûts, disponibilité des véhicules et adaptation progressive aux nouvelles motorisations.
« On commence à voir émerger de l’occasion de façon plus importante sur les véhicules de flotte. »
Pour AAA DATA, cette évolution traduit avant tout un comportement rationnel des entreprises qui cherchent à optimiser leur coût total de possession.
Un marché des flottes qui montre des signes de ralentissement
Autre enseignement important : le parc des véhicules d’entreprise semble désormais atteindre un plateau.
Après plusieurs années de croissance, le nombre de véhicules se stabilise autour de six millions.
Pour Julien Billon, cette évolution constitue un indicateur économique à surveiller.
« En 2025, le parc se stabilise. »
Cette situation reflète également les difficultés rencontrées par de nombreuses entreprises françaises.
« L’année dernière, il y a eu énormément de faillites et de liquidations judiciaires. »
Dans ce contexte économique plus tendu, les entreprises retardent parfois leurs renouvellements de flotte ou privilégient des solutions moins coûteuses.
Le coût des sinistres devient un enjeu majeur
Au-delà du coût d’acquisition des véhicules, AAA DATA observe une forte progression des coûts liés aux sinistres.
Les principales dépenses concernent les pièces détachées puis la main-d’œuvre, avec une hausse supérieure à l’évolution générale des prix.
Pour les gestionnaires de flotte, le choix d’un véhicule ne peut donc plus uniquement reposer sur son prix d’achat.
« Le poste le plus important en termes de coûts, c’est les pièces, suivies de la main-d’œuvre. »
Les nouvelles architectures automobiles, notamment certains procédés de fabrication comme le gigacasting, peuvent rendre certaines réparations plus complexes et plus coûteuses.
Entretien et réparation : deux réalités bien différentes
Julien Billon tient cependant à distinguer clairement deux notions souvent confondues : l’entretien courant et les réparations après sinistre.
Sur ce point, les véhicules électriques conservent un avantage important.
« Un entretien sur un véhicule électrique, c’est extrêmement faible. »
Les coûts d’entretien restent limités, notamment grâce à une usure réduite des organes mécaniques et du système de freinage.
En revanche, en cas d’accident, la présence du pack batterie ou de structures plus complexes peut considérablement augmenter le coût des réparations.
AAA DATA observe toutefois l’émergence de nouveaux acteurs capables de réparer certaines batteries en remplaçant uniquement les cellules endommagées, une évolution susceptible de réduire progressivement ces coûts.
Une donnée au service des décisions des gestionnaires de flotte
À travers ses analyses, AAA DATA confirme que les décisions des entreprises reposent de plus en plus sur des critères économiques précis.
Évolution des coûts d’exploitation, valeur résiduelle, réparabilité, disponibilité du marché de l’occasion ou encore rythme d’électrification : autant d’indicateurs qui deviennent essentiels pour piloter efficacement une flotte.
Dans un environnement où les marges de manœuvre se réduisent, la donnée apparaît plus que jamais comme un outil d’aide à la décision.
Les travaux menés par AAA DATA permettent ainsi aux professionnels de mieux comprendre les transformations du marché automobile et d’anticiper les évolutions qui impacteront durablement les flottes d’entreprise.