Carburant, électricité, recharge publique ou à domicile : le suivi des consommations d’une flotte est devenu plus complexe. Voici comment mieux détecter les anomalies, réduire les coûts et fiabiliser le reporting carbone.
Sommaire
Pourquoi le suivi des consommations est devenu stratégique ?
Suivre les consommations d’une flotte ne consiste plus seulement à contrôler les factures de carburant. En 2026, l’énergie influence le TCO, le coût au kilomètre, les émissions GES, les choix de renouvellement, le reporting RSE et la politique d’éco-conduite. Le suivi doit donc couvrir les véhicules hybrides rechargeables et électriques autant que les modèles thermiques.
La consommation réelle varie selon le conducteur, les trajets, la charge transportée, la pression des pneus, la météo, les embouteillages, le relief ou encore l’utilisation de la climatisation et du chauffage. Selon l’ADEME, un sous-gonflage de 0,3 bar peut augmenter la consommation de 1,2%. Avec un écart de 0,5 bar, la hausse peut atteindre 2,4%.
L’objectif consiste donc à mesurer les consommations, à comparer des véhicules ayant des usages similaires, à détecter les anomalies et, le cas échéant, à corriger les pratiques.
Carburant : Cartes, factures, kilométrage et anomalies
Les véhicules thermiques
Le suivi commence généralement par les cartes carburant. Elles permettent d’enregistrer le volume acheté, le montant, la date, la station, le type de carburant et le véhicule ou le conducteur concerné. Ces informations doivent ensuite être rapprochées des kilomètres réellement parcourus.
Le premier KPI est la consommation en litres aux 100 kilomètres : Litres consommés ÷ kilomètres parcourus × 100 = l/100 km. Cet indicateur doit être analysé par véhicule, par modèle et par type d’usage. Et pour cause :une moyenne calculée sur l’ensemble de la flotte risque en effet de masquer les écarts entre une berline principalement utilisée sur autoroute et un VUL chargé circulant en ville.
Le coût du carburant au kilomètre complète l’analyse : Coût du carburant ÷ kilomètres parcourus = coût du carburant au kilomètre. Mais la consommation réelle doit aussi être comparée à l’historique du véhicule et aux résultats de véhicules similaires. Des volumes excessifs, des pleins anormalement rapprochés, un carburant incompatible ou des kilométrages incohérents doivent déclencher une vérification.
Attention : Les kilomètres saisis lors du paiement ne sont pas forcément toujours fiables. Ils doivent, autant que possible, être contrôlés à partir du compteur du véhicule, des données d’entretien, de la télématique ou des relevés de restitution.
Les hybrides rechargeables
Les hybrides rechargeables nécessitent de suivre simultanément les litres de carburant, les kWh rechargés, la fréquence de branchement et, lorsque la donnée est disponible, la part des kilomètres effectués en mode électrique. Un véhicule rarement branché risque de fonctionner principalement comme un modèle thermique, tout en transportant une batterie qui augmente son poids.
L’enjeu est loin d’être théorique : la Commission européenne a constaté, sur les véhicules hybrides rechargeables immatriculés en 2021, des émissions réelles de CO2 en moyenne 3,5 fois supérieures aux valeurs d’homologation, notamment parce que ces véhicules n’étaient pas rechargés et conduits en mode électrique aussi fréquemment que prévu.
Conséquence : ces véhicules doivent être suivis séparément des véhicules thermiques et des modèles 100% électriques.
Les véhicules électriques
Pour un véhicule électrique, le KPI de base devient : kWh consommés ÷ kilomètres parcourus × 100 = kWh/100 km. Le lieu et le tarif de recharge sont toutefois tout aussi importants. Un kWh rechargé au dépôt, au domicile du salarié, sur une borne publique ou sur une borne rapide peut être facturé à des conditions très différentes.
Il faut donc suivre :
- la consommation en kWh/100 km ;
- le coût de recharge au kilomètre ;
- le prix moyen du kWh ;
- la répartition des sessions entre le dépôt, le domicile et les réseaux publics ;
- la part des recharges rapides ;
- les éventuels frais fixes, frais de stationnement ou pénalités d’occupation.
La recharge à domicile doit être encadrée par une méthode de remboursement traçable. Une borne connectée, un sous-compteur ou des relevés détaillés permettent de distinguer l’électricité utilisée pour le véhicule professionnel des autres consommations du logement. Le principe reste de pouvoir justifier la dépense professionnelle remboursée au salarié.
Sur site, l’entreprise doit également surveiller l’utilisation des bornes, les échecs de session, les véhicules restant inutilement branchés, les appels de puissance et les éventuels dépassements de puissance souscrite.
Les bons KPI : l/100 km, kWh/100 km, coût au km et CO2e/km
Un tableau de bord efficace combine trois niveaux d’indicateurs.
1. La consommation physique
Il s’agit de suivre les litres de carburant, les kWh rechargés, les kilomètres parcourus, les l/100 km et les kWh/100 km.
2. Le coût
Le tableau de bord doit présenter la dépense totale d’énergie, le coût au kilomètre et les coûts ventilés par véhicule, modèle, conducteur, site ou type de mission.
3. Le carbone
Les indicateurs peuvent être exprimés en kgCO2e, en tCO2e ou en gCO2e/km. Il convient de distinguer les émissions de CO2 à l’échappement affichées dans les données d’homologation et les émissions de CO2e calculées à partir des consommations réelles. Pour les VE, les émissions liées à l’usage dépendent notamment du facteur d’émission de l’électricité consommée.
Les calculs doivent s’appuyer sur des facteurs d’émission reconnus et régulièrement actualisés, notamment ceux de la Base Empreinte® de l’ADEME.
A noter : Dans la mesure du possible, il est préférable d’utiliser les volumes réellement consommés (litres ou kWh) plutôt que les seules dépenses en euros. Les prix évoluent en effet indépendamment des quantités consommées.
Surconsommation, fraude ou sous-gonflage : Comment détecter les dérives ?
Les dérives peuvent être techniques, comportementales ou organisationnelles.
Ainsi, une surconsommation peut provenir de pneus sous-gonflés, d’un filtre encrassé, d’un défaut de géométrie, d’une surcharge, d’un problème mécanique ou d’un entretien insuffisant. Et l’aérodynamique joue également un rôle. Selon l’ADEME, une galerie, un coffre de toit, un porte-vélos ou un porte-skis laissé inutilement sur le véhicule peut entraîner une surconsommation de 10 à 20%.
Les accélérations brutales, les freinages répétés, les vitesses élevées et les temps de ralenti augmentent aussi la consommation. Une conduite agressive en ville peut ainsi consommer jusqu’à 20% de carburant de plus qu’une conduite souple. Plus largement, une démarche d’éco-conduite bien appliquée peut permettre d’économiser jusqu’à 15% de carburant.
Mais attention : une anomalie ne signifie pas nécessairement qu’un conducteur fraude ou conduit mal. Elle peut révéler une carte mal parametrée, une erreur de saisie, une borne indisponible, une mission exceptionnelle, un véhicule mal adapté ou un conducteur insuffisamment informé.
Les contrôles doivent donc reposer sur un faisceau d’indices et non sur une seule transaction.
Cartes carburant, télématique, logiciels de flotte et plateformes carbone
Un simple tableur peut convenir à une petite flotte. Il devient toutefois difficile à maintenir lorsque les données proviennent simultanément des cartes carburant, des badges de recharge, des loueurs, des bornes, des notes de frais et des systèmes télématiques.
Les cartes carburant centralisent les achats et facilitent le contrôle des volumes, des stations et des carburants autorisés. Elles doivent néanmoins être associées à des relevés kilométriques suffisamment fiables.
La télématique peut fournir les kilométrages, les trajets, les temps de ralenti, certains comportements de conduite, les alertes techniques et, selon les véhicules et les systèmes utilisés, le niveau ou l’état de charge de la batterie. Elle aide ainsi à expliquer les écarts de consommation et à repérer certains usages inadaptés.
Enfin, les logiciels de gestion de flotte consolident les informations relatives aux véhicules, aux contrats, aux consommations, aux entretiens, aux recharges et aux émissions. Les plateformes carbone peuvent ensuite appliquer les facteurs d’émission appropriés.
Comment mettre en place une méthode de suivi mensuel ?
Une méthode efficace repose sur quatre étapes.
1. Consolider les données
Chaque mois, le gestionnaire rassemble les litres, les kWh, les kilomètres, les coûts, les lieux de plein ou de recharge, les véhicules et, lorsque cela est pertinent, les conducteurs concernés.
Il corrige les doublons, les erreurs de carte, les transactions non affectées, les véhicules sortis du parc et les incohérences de kilométrage.
2. Calculer les indicateurs
Pour chaque véhicule, il mesure :
- les l/100 km ou les kWh/100 km
- le coût de l’énergie au kilomètre
- les émissions de CO2e/km
- l’écart par rapport à des véhicules comparables
- la part de recharge rapide
- la part des kilomètres électriques pour les hybrides rechargeables.
3. Identifier les écarts
L’entreprise peut définir un seuil d’alerte interne, par exemple lorsqu’une consommation dépasse de 10 à 15% la moyenne de véhicules comparables ou augmente pendant plusieurs mois consécutifs. A noter que ce seuil ne constitue pas une norme réglementaire. Il doit être adapté à la taille de la flotte, aux missions, à la saison, au type de véhicule et à la qualité des données disponibles.
Une alerte peut également être déclenchée lorsque les recharges rapides deviennent plus fréquentes sans justification, lorsque plusieurs pleins sont effectués dans un délai incohérent ou lorsque les consommations évoluent brutalement.
4. Agir et suivre la correction
Chaque anomalie doit conduire à une analyse puis, si nécessaire, à une action : contrôle des pneus, entretien, vérification de la carte, échange avec le conducteur, formation, changement d’affectation du véhicule, installation de bornes ou re-paramétrage des cartes et badges.
Check-list pour suivre les consommations d’une flotte
- Associer chaque carte carburant et chaque badge à un véhicule ou à un conducteur.
- Récupérer régulièrement les kilométrages réels.
- Suivre les l/100 km, les kWh/100 km, le coût de l’énergie au kilomètre et les émissions de CO₂e/km.
- Comparer uniquement des véhicules ayant des usages similaires.
- Repérer les pleins incohérents et les sessions de recharge anormalement coûteuses.
- Relier les dérives de consommation aux données de maintenance et à la pression des pneus.
- Suivre séparément les hybrides rechargeables.
- Former les conducteurs sans les stigmatiser.
- Privilégier les lieux de recharge dont les tarifs et les conditions d’utilisation sont maîtrisés.
- Alimenter le reporting carbone avec des données physiques.
- Actualiser le tableau de bord au moins une fois par mois.
- Vérifier les résultats obtenus après chaque action corrective.
FAQ – Suivre les consommations d’une flotte automobile
Quel est le meilleur KPI pour suivre le carburant ?
La consommation en litres aux 100 kilomètres, complétée par le coût du carburant au kilomètre. Le montant total ne suffit pas, car il dépend aussi du kilométrage parcouru et du prix du litre.
Et pour une flotte électrique ?
Le kWh/100 km mesure l’efficience du véhicule. Pour piloter le budget, il faut également suivre le coût de recharge au kilomètre, le prix moyen du kWh et la répartition des sessions entre le dépôt, le domicile et les réseaux publics.
Les hybrides rechargeables doivent-ils être suivis séparément ?
Oui. Il faut suivre les litres de carburant, les kWh rechargés, la fréquence de branchement et, si possible, la part des kilomètres effectués en électrique. Sans recharge régulière, leur consommation réelle peut être très éloignée de leur valeur d’homologation.
Comment intégrer les consommations dans le bilan carbone ?
Il faut utiliser en priorité les litres de carburant et les kWh consommés, puis leur appliquer les facteurs d’émission correspondant à l’énergie et au périmètre étudiés. Les facteurs de la Base Empreinte® de l’ADEME peuvent notamment être utilisés pour ces calculs.
Comment réduire rapidement les consommations ?
Les premières actions consistent à contrôler la pression des pneus, retirer les équipements extérieurs inutiles, réduire le ralenti, entretenir les véhicules, former les conducteurs à l’éco-conduite et mieux organiser les recharges.
