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Anne-Marie Jean : « Aller vers la décarbonation, c’est le sens de l’avenir. »

Décarbonation et reporting

À l’occasion du salon Drive to Zero, organisé à Paris Expo Porte de Versailles, nous avons rencontré Anne-Marie Jean, co-autrice du Rapport sur la Logistique Urbaine Durable et ancienne vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg. Alors que les villes doivent concilier croissance du e-commerce, réduction des émissions et amélioration de la qualité de vie, la logistique urbaine s’impose comme un enjeu stratégique pour les collectivités.

Fruit d’un travail mené à la demande de l’État, le rapport propose des recommandations concrètes pour accompagner la transformation des livraisons en ville. Pour Anne-Marie Jean, cette transition ne pourra réussir qu’à une condition : renforcer le dialogue entre les collectivités, les transporteurs, les commerçants et l’ensemble des acteurs du territoire.

Une prise de conscience des acteurs publics

Le rapport présenté début 2026 s’inscrit dans la continuité d’un premier travail réalisé en 2021. Son objectif est de dresser un état des lieux des avancées réalisées et de proposer de nouvelles recommandations afin de rendre la logistique urbaine plus performante tout en limitant ses impacts environnementaux.

Pour Anne-Marie Jean, les progrès réalisés depuis quatre ans sont réels, notamment du côté des collectivités.

« Il y a une prise de conscience très forte du côté des acteurs privés (…) mais également une meilleure prise en compte de la part des acteurs publics. »

Pendant longtemps, la logistique urbaine était perçue comme une problématique exclusivement économique. Désormais, les collectivités comprennent qu’elle constitue également un enjeu d’aménagement, de mobilité, de qualité de l’air et de fonctionnement des villes.

Cette évolution s’explique notamment par plusieurs phénomènes : la multiplication des livraisons liées au e-commerce, la réduction des espaces de stockage des commerces de proximité et l’augmentation des attentes des citoyens en matière de lutte contre les nuisances sonores, la congestion et la pollution.

Désigner un élu référent à la logistique urbaine

Parmi les principales recommandations du rapport figure la création d’un élu référent chargé spécifiquement des questions de logistique urbaine.

Pour Anne-Marie Jean, cette mesure est essentielle afin d’éviter que ces sujets restent dispersés entre plusieurs services.

« Si c’est toujours la deuxième ou troisième préoccupation de chacun, il risque de ne rien se passer. »

Cet élu aurait pour mission de coordonner les différents services concernés mobilité, urbanisme, foncier, économie ou encore environnement mais aussi d’organiser un dialogue permanent avec les professionnels du territoire.

Selon Anne-Marie Jean, cette gouvernance permettrait d’intégrer plus efficacement la logistique dans les politiques publiques locales et de prendre des décisions plus cohérentes.

Répondre au défi du e-commerce sans dégrader la ville

L’un des principaux défis identifiés concerne l’explosion des livraisons liée au développement du commerce en ligne.

Les consommateurs souhaitent être livrés toujours plus rapidement, tandis que les collectivités cherchent à réduire le nombre de véhicules circulant en ville.

Pour Anne-Marie Jean, cette contradiction impose de repenser l’organisation des flux plutôt que d’opposer performance économique et qualité de vie.

Elle regrette également que les associations de consommateurs se soient encore peu emparées du sujet.

« Ce sont des comportements de consommateurs qui vont avoir derrière plein d’impacts. »

Selon elle, chacun devra progressivement prendre conscience des conséquences de ses choix de consommation sur les livraisons, la circulation et les émissions générées en ville.

Former les collectivités aux enjeux logistiques

La réussite de cette transition passe également par une meilleure montée en compétence des collectivités.

Anne-Marie Jean estime que les élus ne peuvent agir efficacement qu’en s’appuyant sur des services techniques formés aux enjeux de la logistique urbaine.

Le rapport recommande ainsi d’intégrer davantage ces thématiques dans les formations destinées aux fonctionnaires territoriaux.

Au-delà des compétences techniques, elle insiste surtout sur l’importance du dialogue avec les acteurs économiques.

« On peut avoir les meilleures idées du monde (…), ce genre de décisions, il ne faut pas les prendre seuls. »

La concertation apparaît ainsi comme le préalable indispensable à toute évolution des réglementations locales.

Des solutions innovantes encore en quête d’équilibre économique

Hôtels logistiques, hubs urbains, transport fluvial, vélos-cargos… Les expérimentations se multiplient dans plusieurs métropoles françaises.

Si ces solutions présentent un réel potentiel environnemental, leur équilibre économique reste fragile.

Anne-Marie Jean cite notamment l’exemple de Strasbourg, où une expérimentation associant transport fluvial et livraison finale en vélo-cargo a permis de démontrer la faisabilité technique du modèle.

En revanche, convaincre les transporteurs d’adopter ces nouvelles organisations demeure plus complexe.

« Même si elle ne coûte pas plus cher, l’adoption de la solution reste compliquée, parce qu’elle change les habitudes. »

Elle rappelle également que plusieurs projets similaires en Europe ont rencontré des difficultés économiques malgré le soutien des collectivités.

Pour elle, ces modèles devront encore gagner en maturité avant de pouvoir être généralisés.

La concertation, clé de la décarbonation

Interrogée sur les conseils qu’elle adresserait aux transporteurs et logisticiens, Anne-Marie Jean revient une nouvelle fois sur l’importance du dialogue local.

Chaque territoire possède ses propres contraintes, ses habitudes et ses besoins.

Les solutions devront donc être construites avec les acteurs économiques plutôt qu’imposées de manière uniforme.

« Chaque territoire local n’est pas le même que son voisin. »

Elle invite également les professionnels à conserver une vision de long terme malgré les évolutions parfois hésitantes des politiques publiques.

Selon elle, la trajectoire européenne vers la décarbonation reste claire et les entreprises qui anticipent dès aujourd’hui cette transition bénéficieront d’un avantage compétitif dans les prochaines années.

Une transformation déjà engagée

En conclusion, Anne-Marie Jean se montre optimiste quant à l’évolution de la logistique urbaine.

Si certaines entreprises ont dû adapter leur calendrier d’investissement, notamment en raison des crises économiques et géopolitiques, la transition est bel et bien engagée.

L’augmentation du coût des carburants, les progrès des véhicules électriques et les nouvelles attentes des collectivités accélèrent progressivement les changements.

« Aller vers la décarbonation, aller vers des transports plus durables, c’est le sens de l’avenir. »

À travers cette interview réalisée lors du salon Drive to Zero, Anne-Marie Jean rappelle que la logistique urbaine ne pourra devenir durable qu’en conciliant efficacité économique, qualité de vie et coopération entre tous les acteurs concernés. Pour les collectivités comme pour les transporteurs, la concertation apparaît plus que jamais comme le principal levier de cette transformation.

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