L’éco-conduite peut réduire la consommation d’énergie, les émissions de CO2, les risques routiers et les coûts d’exploitation. Elle constitue donc un levier intéressant pour les flottes, notamment lorsque l’électrification de tous les véhicules n’est pas encore possible. Mais comment mesurer ses effets et les intégrer au bilan carbone et au reporting RSE ?
Sommaire
Éco-conduite : Quels effets sur les émissions de la flotte ?
Selon l’ADEME, l’éco-conduite peut permettre d’économiser jusqu’à 15% de carburant. Le résultat réel dépend toutefois des véhicules, des usages et de la qualité du suivi. Quoiqu’il en soit, pour valoriser ces résultats dans un rapport RSE, l’entreprise doit apporter des preuves. Or, les émissions ne sont pas toutes comptabilisées dans le même scope.
Pour les véhicules thermiques détenus ou contrôlés par l’entreprise, les émissions liées à la combustion du carburant relèvent généralement du Scope 1.
Pour les véhicules électriques inclus dans ce même périmètre, les émissions liées à la production de l’électricité achetée relèvent du Scope 2.
Le Scope 3 comprend également les déplacements professionnels réalisés dans des véhicules personnels, des taxis, des VTC ou des véhicules de location, ainsi que les trajets domicile-travail. Les émissions en amont liées à la production des carburants et de l’électricité relèvent, quant à elles, de la catégorie 3 du Scope 3.
Comment intégrer l’éco-conduite au bilan carbone ?
La méthode peut être organisée en cinq étapes.
1. Définir le périmètre
Il s’agit de préciser les véhicules, les conducteurs, les sites et la période concernés. Bien entendu, le périmètre doit rester stable pour permettre une comparaison fiable.
2. Choisir une période de référence
L’idéal est de comparer les résultats avec les douze mois précédant le lancement du programme d’éco-conduite. Une période plus courte peut être retenue pour un test, mais les résultats devront alors être présentés avec prudence.
3. Collecter les données
Les principales données à suivre sont :
- les litres de carburant ou les kWh consommés
- les kilomètres parcourus
- la consommation moyenne
- le temps de ralenti
- les accélérations et freinages brusques
- le nombre de conducteurs formés
- la sinistralité.
A noter : Les données peuvent provenir des cartes carburant, des compteurs kilométriques, des bornes de recharge ou de la télématique.
4. Calculer les émissions
Pour une flotte thermique, les émissions du Scope 1 sont calculées à partir des litres consommés et d’un facteur couvrant les émissions directes de combustion. Les émissions liées à la production et à l’acheminement du carburant sont comptabilisées séparément dans le Scope 3.
Pour une flotte électrique, le calcul du Scope 2 repose sur les kWh consommés et sur les facteurs correspondant à la production de l’électricité.
Bon à savoir : La Base Empreinte® de l’ADEME peut (notamment) fournir les facteurs nécessaires, à condition de vérifier précisément le périmètre couvert par chaque facteur.
5. Suivre l’intensité carbone
Une baisse peut simplement provenir d’une diminution de l’activité. Aussi, l’entreprise doit également mesurer des indicateurs comme :
- les litres ou kWh aux 100 km
- les grammes de CO2e par kilomètre
- les émissions par livraison ou intervention
- les émissions par véhicule.
Ces indicateurs permettent de comparer les performances à niveau d’activité équivalent.
Réduction d’émissions ou émissions évitées ?
Les émissions réellement calculées à partir des consommations de l’année sont intégrées au bilan carbone. La différence avec l’année ou le scénario de référence peut être présentée comme une réduction des émissions attribuée au programme d’éco-conduite.
Les éventuelles émissions évitées, elles, doivent être présentées séparément et ne peuvent pas être soustraites des émissions brutes de l’entreprise.
Attention : Il faut également corriger les résultats en fonction du kilométrage. Car une flotte qui roule 20% de moins émettra logiquement moins, même sans amélioration de la conduite.
Comment présenter l’éco-conduite dans le reporting RSE ?
L’éco-conduite peut être valorisée à travers trois dimensions :
- la réduction des émissions GES
- l’amélioration de la sécurité routière
- la mobilisation des collaborateurs.
Dans le cadre de la CSRD, et sous réserve des résultats de l’analyse de double matérialité, l’éco-conduite peut alimenter les informations relatives aux actions climatiques, aux objectifs de réduction et aux indicateurs de performance prévus par l’ESRS E1.
A noter : Pour un reporting GRI publié en 2026, elle peut encore être présentée dans le cadre de GRI 305 consacré aux émissions. À compter du 1er janvier 2027, ce standard sera remplacé par GRI 102 : Climate Change 2025, complété par GRI 103: Energy 2025.
Télématique et plateformes RSE : Automatiser la mesure
Pour une petite flotte, un suivi manuel peut suffire. Pour plusieurs dizaines ou centaines de véhicules, la télématique facilite la collecte des données.
Elle permet notamment de suivre :
- les kilomètres
- la consommation
- le ralenti moteur
- la vitesse
- les accélérations et freinages
- les styles de conduite.
Ces informations peuvent ensuite être transmises à une plateforme carbone ou RSE. Celle-ci applique les facteurs d’émission, consolide les différents scopes et prépare les données nécessaires au reporting.
L’entreprise doit néanmoins conserver des règles claires : choix des facteurs d’émission, traitement des anomalies, suivi des hybrides rechargeables et prise en compte des recharges à domicile.
Cas pratique : Une flotte de 100 utilitaires
Prenons une flotte de 100 véhicules diesel parcourant chacun 25 000 km par an. Leur consommation moyenne est de 8 litres aux 100 km. La consommation annuelle atteint donc 200 000 litres.
Après une formation à l’éco-conduite, un suivi télématique et des actions contre le ralenti, la consommation moyenne passe à 7 litres aux 100 km, à kilométrage identique. La consommation annuelle tombe alors à 175 000 litres, soit une économie de 25 000 litres et une baisse de 12,5%.
Ces émissions directes sont comptabilisées dans le Scope 1. Quant à la différence avec la période de référence, elle est toujours présentée séparément.
FAQ : Eco-conduite et bilan carbone
L’éco-conduite réduit-elle réellement les émissions ?
Oui, dès lors qu’elle entraîne une baisse mesurable de la consommation de carburant ou d’électricité.
Une formation suffit-elle pour réduire le bilan carbone ?
Non. La formation doit produire une baisse réelle et mesurable de la consommation. Seules les consommations observées peuvent être intégrées au bilan.
Quels indicateurs faut-il suivre ?
Les plus utiles sont les litres ou kWh aux 100 km, les émissions par kilomètre, le temps de ralenti, les comportements de conduite, le taux de conducteurs formés et la sinistralité.
La télématique est-elle obligatoire ?
Non, mais elle devient utile pour suivre une flotte importante, comparer les véhicules et produire des données fiables.
Oui, lorsqu’elle constitue une action significative de réduction des émissions liées au transport. Elle peut être présentée dans les actions climatiques et les indicateurs relevant de l’ESRS E1.
Peut-on intégrer l’éco-conduite à la CSRD ?
Oui, lorsqu’elle constitue une action significative de réduction des émissions liées au transport. Elle peut être présentée dans les actions climatiques et les indicateurs relevant de l’ESRS E1.
