Longtemps limitée à un simple suivi des consommations carburant, la gestion carbone des flottes automobiles entre dans une nouvelle dimension. Avec la montée en puissance de la CSRD, les entreprises doivent désormais produire des données environnementales précises, auditables et comparables. On fait le point.
Sommaire
Pourquoi la flotte est souvent le premier poste d’émissions scope 1 ?
Dans de nombreuses entreprises, la flotte automobile représente le premier poste d’émissions directes de gaz à effet de serre. Un fait qui s’explique notamment par des véhicules thermiques encore largement majoritaires, des kilométrages annuels souvent élevés, la multiplication des usages professionnels. Sans oublier, bien entendu, le poids du transport dans certaines activités. Or, chaque litre de carburant consommé génère directement des émissions de CO₂. Sur une flotte importante, l’impact peut donc rapidement atteindre plusieurs centaines, voire plusieurs milliers, de tonnes équivalent CO₂ par an.
Mais la problématique ne se limite plus aux seules émissions à l’usage. Avec l’évolution des normes ESG et de la CSRD, les entreprises doivent désormais intégrer l’ensemble du cycle de vie des véhicules depuis leur fabrication jusqu’à leur fin de vie en passant par la maintenance, les pneumatiques, la recharge électrique…
Méthodologie de calcul des scopes 1, 2 et 3
Le calcul du bilan carbone d’une flotte repose généralement sur la méthodologie des scopes définie par le Greenhouse Gas Protocol. Cette approche distingue plusieurs catégories d’émissions afin d’obtenir une vision globale de l’impact environnemental conforme aux exigences de la CSRD.
Scope 1 : Carburants et émissions directes
Le scope 1 regroupe les émissions directes produites par l’entreprise. Pour une flotte automobile, cela concerne principalement l’essence, le diesel, le gaz naturel et les carburants alternatifs. Ces émissions sont calculées à partir :
- des volumes de carburant consommés
- des kilométrages parcourus
- des données cartes carburant
- des facteurs d’émission officiels.
Scope 2 : Electricité de recharge
Le scope 2 concerne les émissions indirectes liées à l’énergie achetée. Pour les flottes électriques, cela inclut principalement la recharge des véhicules, les infrastructures de recharge, l’électricité consommée sur site. Car, même si un véhicule électrique n’émet pas directement de CO₂ à l’usage, sa recharge possède une empreinte carbone qui dépend du mix énergétique utilisé.
Les entreprises doivent donc suivreles consommations électriques, les volumes de recharge, les types d’électricité utilisés, les périodes de recharge, les usages domicile/entreprise/bornes publiques. Le pilotage précis de ces données est essentiel pour la fiabilité du rapport CSRD.
A noter que de plus en plus d’entreprises intègrent également les contrats d’électricité verte, des solutions de recharge intelligente, l’autoconsommation solaire ainsi que des outils de pilotage énergétique.
Scope 3 : Fabrication, transport et fin de vie
Le scope 3 regroupe l’ensemble des émissions indirectes situées en amont ou en aval de l’activité. Sous l’impulsion de la CSRD, les entreprises doivent donc raisonner en analyse de cycle de vie complète et non plus uniquement en émissions à l’échappement. Cela concerne la fabrication du véhicule, ses pneumatiques, sa batterie, sa maintenance jusqu’à sa fin de vie et son recyclage.
Quelles obligations CSRD pour les flottes ?
La directive CSRD transforme profondément les obligations de reporting ESG des entreprises européennes. Les sociétés concernées doivent désormais produire des données plus précises, standardisées, auditables et comparables.
Quels sont les indicateurs à reporter ?
Les entreprises doivent généralement suivre plusieurs indicateurs clés liés à leur flotte :
- les émissions CO2
- les consommations énergétiques
- la répartition thermique/électrique
- les kilométres parcourus
- les émissions scope 1, 2 et 3
- les trajectoires de réduction carbone.
Certaines organisations intègrent également leur taux d’électrification, les données télématiques, les indicateurs d’éco-conduite, les usages de mobilités alternatives, les coûts énergétiques, et les émissions par collaborateur ou par véhicule.
Quel format de rapport est attendu ?
La CSRD impose une standardisation progressive des reportings ESG. Les auditeurs et commissaires aux comptes accordent donc désormais une attention croissante à la qualité des données environnementales. Ainsi, les entreprises doivent être capables de démontrer :
- leur méthodologie de calcul
- leurs sources de données
- leurs hypothèses
- leurs trajectoires climat
- la fiabilité des informations publiées.
Concrètement, les principales catégories d’informations à collecter incluent donc :
- le type de véhicule
- l’énergie utilisée
- le kilométrage
- les consommations
- les émissions constructeur
- les coûts énergétiques
- la fréquence des recharges
- la maintenance
- l’âge des véhicules
- la durée de détention.
D’où peuvent provenir ces données ? De plusieurs sources, évidemment. Notamment :
- les cartes carburant
- la télématique
- les outils de gestion de flotte
- les bornes de recharge
- l’ERP
- Les fournisseurs mobilité.
Faut-il s’appuyer sur des outils et des prestataires spécialisés ?
Face à la complexité croissante des obligations carbone, de nombreuses entreprises s’appuient effectivement sur des outils spécialisés capables de centraliser l’ensemble des données flotte et ESG. Ces plateformes permettent notamment un calcul automatisé des émissions CO₂, le suivi des scopes 1, 2 et 3, l’intégration des données télématiques, mais aussi le reporting CSRD, les analyses TCO carbone et le pilotage énergétique. Sans oublier, bien sûr le suivi des recharges électriques.
Les prestataires spécialisés peuvent également accompagner les entreprises sur :
- la méthodologie carbone
- l’audit des données
- les trajectoires de décarbonation
- les stratégies d’électrification
- la conformité ESG.
FAQ – Bilan carbone flotte automobile et CSRD en 5 questions
1. Les PME sont-elles concernées par le bilan carbone de leur flotte ?
Oui, de plus en plus. Si le bilan carbone est obligatoire pour les sociétés de plus de 250 salariés, les PME subissent inévitablement les exigences ESG de leurs clients, investisseurs et donneurs d’ordre.
2. Quel facteur d’émission utiliser pour un VE rechargé en France ?
Les entreprises utilisent généralement les facteurs d’émission officiels publiés par la Base Carbone de l’ADEME.
3. La flotte grise (véhicules personnels utilisés pour le travail) entre-t-elle dans le scope 3 ?
Oui. Les déplacements réalisés avec les véhicules personnels des salariés dans un cadre professionnel sont généralement intégrés dans le scope 3.
4. Comment faire certifier son bilan carbone flotte ?
Les entreprises peuvent utiliser une méthodologie reconnue (GHG Protocol, ISO 14064, méthode Bilan Carbone®) et faire auditer leurs données par un tiers indépendant.
5. Existe-t-il des logiciels de flotte intégrant le calcul carbone ?
Oui. De nombreuses plateformes intègrent désormais le calcul des émissions CO₂, le reporting ESG, la télématique et les analyses TCO carbone.
