À l’occasion du salon Drive to Zero, organisé à Paris Expo Porte de Versailles, nous avons rencontré Aurélien de Meaux, cofondateur et CEO d’Electra. Alors que l’électrification des flottes professionnelles accélère, la recharge devient un enjeu stratégique pour les entreprises.
Coût de l’énergie, recharge rapide, pilotage des consommations, TCO, électrification des VUL ou encore développement du poids lourd électrique : pour Aurélien de Meaux, les arguments économiques prennent progressivement le relais des seules motivations environnementales. Une évolution qui transforme les attentes des gestionnaires de flotte et oblige les opérateurs de recharge à développer des services spécifiquement adaptés aux professionnels.
Sommaire
Electra veut rendre la recharge rapide aussi simple qu’un plein de carburant
Présent dans dix pays européens, Electra développe un réseau de stations de recharge rapide destiné aux véhicules électriques. L’objectif de l’entreprise est de permettre aux automobilistes de récupérer plusieurs centaines de kilomètres d’autonomie en une vingtaine de minutes.
Selon Aurélien de Meaux, Electra est aujourd’hui le troisième opérateur européen en matière de volume d’énergie distribué. Son ambition consiste à faciliter le passage du thermique à l’électrique en supprimant une partie des contraintes associées à la recharge.
« Notre objectif, c’est de faciliter l’adoption de la voiture électrique avec des points de charge qui sont nombreux, très faciles à utiliser et des charges qui sont très rapides. »
L’enjeu est notamment de rapprocher l’expérience de la recharge électrique de la simplicité d’utilisation des stations-service traditionnelles. Pour y parvenir, Electra développe principalement des stations rapides situées dans les grandes agglomérations européennes.
L’entreprise indique ainsi que 70 à 80 % de ses points de charge sont implantés dans des zones urbaines comme Paris, Bruxelles, Milan, Lyon ou Marseille. En Île-de-France, Aurélien de Meaux évoque près d’une centaine de stations.
Les professionnels au cœur de l’électrification
Le développement des véhicules électriques dans les entreprises ouvre de nouveaux besoins pour les opérateurs de recharge.
Les professionnels ne recherchent pas uniquement un accès à des bornes. Ils souhaitent également bénéficier de tarifs adaptés à leurs volumes de consommation, suivre précisément leurs dépenses et disposer d’outils permettant de piloter les usages des conducteurs.
Cette évolution a conduit Electra à développer une offre spécifique destinée aux entreprises et aux flottes professionnelles.
Pour Aurélien de Meaux, l’électrification des professionnels est désormais engagée pour deux raisons principales : les objectifs de réduction des émissions de CO₂ et, de plus en plus, la recherche d’économies.
« Les professionnels sont quasiment tous en train de s’électrifier, à la fois pour des missions d’émission de CO₂, mais surtout pour des questions de TCO, donc de coûts. »
La dimension économique devient ainsi centrale dans les décisions d’électrification.
Du responsable RSE au directeur financier
L’un des changements les plus significatifs observés par Aurélien de Meaux concerne les interlocuteurs impliqués dans les projets d’électrification.
Il y a encore quelques années, les discussions autour du véhicule électrique étaient principalement portées par les responsables RSE et les directions chargées de la décarbonation.
Aujourd’hui, les directions financières et les services achats prennent une place croissante dans ces décisions.
« Il y a deux ou trois ans, quand on allait voir des entreprises, on discutait avec des responsables RSE qui avaient des objectifs de décarbonation de la flotte. Aujourd’hui, on discute avec des DAF, avec des responsables des achats. »
Pour Aurélien de Meaux, cette évolution s’explique par les économies potentielles associées au passage à l’électrique.
Selon les usages, Aurélien de Meaux estime qu’un véhicule électrique peut permettre d’économiser plusieurs centaines d’euros par mois. L’écart peut devenir particulièrement important pour les véhicules réalisant de forts kilométrages, notamment les taxis et les VTC.
600 flottes professionnelles déjà accompagnées
Electra indique travailler avec environ 600 flottes professionnelles.
Parmi elles figurent notamment des acteurs du transport de personnes dont les conducteurs réalisent des kilométrages élevés et ont donc des besoins importants en recharge.
Pour ces utilisateurs intensifs, la question du prix de l’énergie est particulièrement importante. Electra met notamment en place des accords permettant d’obtenir des conditions tarifaires adaptées aux volumes consommés.
Dans le cas des plateformes de VTC ou des grandes organisations de transport, la négociation peut être réalisée à l’échelle du réseau de conducteurs afin de proposer des tarifs préférentiels.
Mais la tarification ne constitue qu’une partie de l’accompagnement. Les entreprises souhaitent également connaître précisément le coût de chaque recharge et disposer d’une vision consolidée des consommations de leur flotte.
Maîtriser le coût de la recharge
Avec la multiplication des réseaux de recharge, la maîtrise des dépenses peut devenir complexe pour les gestionnaires de flotte.
Un conducteur peut recharger son véhicule sur le réseau principal de son entreprise, mais également utiliser ponctuellement les bornes d’autres opérateurs. Selon les solutions utilisées, les tarifs et les commissions peuvent varier.
Pour répondre à cette problématique, Aurélien de Meaux explique qu’ Electra propose une carte permettant d’accéder à son propre réseau, mais également à d’autres bornes de recharge.
L’entreprise développe parallèlement une plateforme permettant aux gestionnaires de suivre et de consolider les consommations.
L’objectif est de donner au responsable de flotte une vision claire des dépenses énergétiques associées à chaque véhicule et de lui permettre de mieux piloter les coûts.
Piloter les usages pour réduire le TCO
L’électrification des flottes introduit également de nouvelles possibilités de pilotage.
Comme avec certaines cartes carburant, les gestionnaires peuvent définir des règles d’utilisation. Il devient par exemple possible d’encadrer la recharge selon les jours, les horaires ou les réseaux utilisés.
Les conducteurs peuvent également être incités à privilégier les périodes pendant lesquelles les tarifs sont les plus avantageux.
« On va pouvoir dire, typiquement, que le collaborateur ne peut pas recharger le dimanche. On va essayer de l’inciter à charger en heures creuses avec des tarifs plus avantageux. »
L’objectif consiste à orienter les usages vers les solutions les plus économiques afin de réduire le coût total de possession de la flotte.
La recharge devient ainsi un nouvel élément de la politique automobile. Au-delà du choix du véhicule, les entreprises doivent désormais réfléchir aux lieux, aux horaires et aux tarifs de recharge.
Accompagner les conducteurs plutôt que contraindre
Pour faire évoluer les comportements, Aurélien de Meaux distingue deux approches : l’incitation et la restriction.
Aurélien de Meaux résume cette stratégie par une expression simple : « la carotte et le bâton ».
L’entreprise peut, par exemple, mettre en place des récompenses pour encourager les conducteurs à privilégier les solutions de recharge les plus économiques. À l’inverse, elle peut également bloquer l’accès à certains réseaux considérés comme trop coûteux.
Mais dans les premières phases d’électrification d’une flotte, Aurélien de Meaux privilégie une approche progressive.
L’objectif initial consiste avant tout à rendre la recharge simple et à faciliter l’adoption du véhicule électrique. L’optimisation plus fine des coûts intervient généralement lorsque le parc électrique devient suffisamment important.
« C’est rarement le bâton. C’est plutôt une histoire de carotte pour accompagner les gens et que ça soit positif. »
La pédagogie joue donc un rôle central dans l’évolution des pratiques.
Les aides accélèrent l’électrification des VUL
Au-delà des voitures particulières, l’électrification des véhicules utilitaires légers constitue l’un des principaux enjeux des prochaines années.
Aurélien de Meaux considère que les nouvelles mesures de soutien vont dans la bonne direction, notamment grâce à l’augmentation des dispositifs destinés à accompagner l’achat de véhicules utilitaires et de poids lourds électriques.
Ces aides doivent permettre de réduire l’écart de prix à l’achat entre les véhicules thermiques et leurs équivalents électriques.
Mais pour le dirigeant d’Electra, l’argument principal reste le coût d’utilisation.
« Derrière, de toute façon, ça coûte beaucoup moins cher de rouler en électrique. »
Dans le cas des VUL, les économies réalisées sur l’énergie peuvent devenir importantes, particulièrement pour les véhicules parcourant de longues distances chaque jour.
Le confort de conduite, un argument pour les professionnels
Le coût n’est toutefois pas le seul argument en faveur de l’électrification des véhicules professionnels.
Aurélien de Meaux souligne également l’importance du confort de conduite, notamment dans les métiers où les collaborateurs passent plusieurs heures par jour dans leur véhicule.
L’absence de bruit moteur et de vibrations peut réduire la fatigue des conducteurs.
Pour les entreprises du secteur de la livraison, Aurélien de Meaux estime que cet argument peut également contribuer à améliorer l’attractivité des métiers dans un contexte de difficultés de recrutement.
« Tous les chauffeurs vous diront que, comme ils passent six, sept ou huit heures par jour dans leur véhicule, le fait d’être dans un objet silencieux, sans bruit et sans vibration, c’est beaucoup plus agréable. »
L’électrification peut ainsi avoir des conséquences qui dépassent la seule réduction des émissions ou du coût énergétique.
Poids lourd électrique : le défi des infrastructures
L’électrification du transport lourd pose des défis d’une autre ampleur.
Aurélien de Meaux estime que le camion électrique se trouve aujourd’hui dans une situation comparable à celle de la voiture électrique il y a environ cinq ans.
« Le poids lourd électrique, pour moi, il est là où était la voiture électrique il y a cinq ans. »
Les besoins en infrastructures sont considérables. Les stations doivent disposer de suffisamment d’espace pour accueillir et permettre la circulation des camions. Elles nécessitent également des puissances électriques très importantes.
À ces contraintes s’ajoutent des besoins spécifiques en matière de signalétique et de sécurité. Les véhicules transportant parfois des marchandises de grande valeur, les stations doivent intégrer des équipements adaptés, notamment des dispositifs de vidéosurveillance.
L’investissement nécessaire pour développer ces infrastructures est donc particulièrement important.
Le marché comme moteur du déploiement des stations
Malgré ces contraintes, Aurélien de Meaux se montre confiant sur le développement progressif des infrastructures de recharge pour les poids lourds.
Selon Aurélien de Meaux, l’augmentation du nombre de camions électriques créera naturellement un marché pour les opérateurs spécialisés.
« S’il y a un business et qu’il y a un marché parce qu’il y a des camions, les opérateurs vont construire les stations. C’est aussi simple que ça. »
Les aides à l’acquisition des poids lourds électriques pourraient accélérer cette dynamique. En réduisant le coût d’investissement initial, elles doivent permettre à davantage d’entreprises de tester puis d’adopter ces véhicules.
L’augmentation du nombre de camions électriques en circulation rendra ensuite économiquement viable la construction de nouvelles stations de recharge.
À travers cette interview réalisée à Drive to Zero, Aurélien de Meaux décrit une électrification qui entre progressivement dans une nouvelle phase. Pour les flottes professionnelles, le passage à l’électrique n’est plus seulement porté par des objectifs de décarbonation. Le coût d’utilisation, le TCO et le pilotage de l’énergie occupent désormais une place centrale dans les décisions.
Cette transformation impose également de nouveaux outils aux gestionnaires de flotte. Suivi des consommations, choix des réseaux, définition de règles de recharge et accompagnement des conducteurs deviennent des éléments à part entière de la gestion du parc automobile.
Pour les VUL et les poids lourds, la transition est encore moins avancée, mais les mêmes mécanismes commencent à apparaître. Aides à l’achat, économies à l’usage et développement progressif des infrastructures pourraient accélérer le mouvement dans les prochaines années.
Une chose est certaine : avec l’électrification, la gestion de flotte ne s’arrête plus au véhicule. Elle intègre désormais pleinement l’énergie, les infrastructures et le pilotage des usages.