Rencontré au salon Flotauto Paris, Clément Molizon, délégué général de l’AVERE France, dresse un bilan 2025 positif mais pointe l’angle mort qui concentre désormais toutes les attentions : le véhicule utilitaire léger.
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2025, l’année où les entreprises ont pris les rênes
Pour la première fois, ce sont les entreprises, les personnes morales, qui ont tiré le marché du neuf et non les particuliers. Un renversement historique que Clément Molizon, délégué général de l’AVERE France, résume en un chiffre : les flottes sont passées de 42 % à 58 % des acquisitions de véhicules électriques neufs. Le déclencheur ? Le mois de mars 2025 et l’entrée en vigueur de la TAI (Taxe Incitative pour l’électrification).
Un levier que Clément Molizon qualifie de « majeur » pour les gestionnaires de flotte. Du côté des particuliers, le premier semestre avait été marqué par une forte attente autour du leasing social, générant des reports d’achat. Au global, c’est bien la dynamique entreprises qui a dominé et qui se maintient en ce début d’année 2026.
« C’est la première fois de l’histoire en France où ce sont les flottes d’entreprise qui ont vraiment drivé le marché. »
– Clément Molizon, délégué général de l’AVERE France
La contrainte qui devient un levier
La transition n’a pas été spontanée. Née de la loi d’Orientation des Mobilités de 2019, l’obligation d’électrification des flottes s’est d’abord heurtée à une forme d’inertie : en 2024, six entreprises sur dix ne respectaient toujours pas la loi. Le gouvernement a fini par introduire des sanctions, une décision que Clément Molizon reconnaît comme inévitable, même si elle ne réjouissait personne.
Pour les gestionnaires de parc, l’argument économique est pourtant réel. Avec une stratégie de recharge maîtrisée : à domicile ou sur site d’entreprise, les TCO sont globalement comparables sur l’essentiel des cas d’usage. La recharge en itinérance pure reste le point de friction spécifique à résoudre. Mais avec un accompagnement adapté des salariés, l’investissement supplémentaire initial peut s’absorber.
« En ayant une vraie politique incitative et d’accompagnement des salariés, on peut être en capacité de maîtriser ces coûts. »
– Clément Molizon
L’utilitaire léger : l’angle mort de l’électrification
Sur le salon Flotauto, un sujet s’impose dans toutes les conversations : les véhicules utilitaires légers (VUL). Les voitures particulières ? Clément Molizon le dit clairement : ce n’est « plus vraiment un sujet », même s’il subsiste des interrogations sur les catalogues. La vraie question porte désormais sur les VUL et l’AVERE prépare une étude dédiée assortie de propositions concrètes au gouvernement.
Le diagnostic est précis : la fiscalité actuelle n’est pas suffisamment incitative sur ce segment. Un certain nombre d’utilitaires thermiques bénéficient d’exonérations de taxes qui réduisent l’écart de coût avec leurs équivalents électriques. Résultat : le différentiel entre thermique et électrique n’est pas assez fort pour provoquer le basculement. L’enjeu dépasse d’ailleurs les grandes entreprises : derrière les flottes, c’est tout un écosystème d’entrepreneurs et d’artisans qui achète ses véhicules sur le marché de l’occasion et qui dépend donc de la vitalité du marché du neuf pour se renouveler.
« Les mesures qu’on va proposer vont tourner sur la fiscalité, les aides et l’accompagnement dédié pour la recharge. »
– Clément Molizon
L’AVERE affiche une préférence nette : rester sur le versant incitatif plutôt que punitif. « La LOM n’avait pas prévu de sanctions. Ça n’a pas trop bien fonctionné », rappelle Clément Molizon. L’objectif est d’éviter de reproduire le même scénario sur les utilitaires afin de dynamiser suffisamment le marché du neuf pour que le marché de l’occasion suive.
Recharge et formation : les deux piliers du passage à l’acte
Au-delà du véhicule lui-même, la question de la recharge concentre encore beaucoup d’interrogations : faut-il privilégier la recharge à domicile, sur le parking de l’entreprise, ou en itinérance ? Comment gérer et encadrer chaque configuration ? Pour y répondre, l’AVERE s’apprête à lancer une formation dédiée aux gestionnaires de flotte, en complément de son guide pratique mis à jour en 2025.
Un écosystème entier se structure autour de ces questions comme en témoigne la place croissante qu’occupe la recharge au cœur du salon Flotauto. La transition est engagée. Elle n’est pas terminée.