À l’occasion des Rencontres Flotauto au Bourget, Ahmed Soumare, CEO & Co-Founder de Linkbycar, revient sur les enjeux de l’électrification des flottes et le rôle central de la data dans la compréhension de la valeur des véhicules électriques.
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Une édition marquée par l’électrification
Sur cette édition organisée dans un nouveau lieu, le constat est immédiat pour Ahmed Soumare : la dynamique autour de l’électrique s’intensifie clairement.
« On est sur une édition assez spéciale […] on voit vraiment l’engouement que ça cause en termes d’électrification. »
Au fil des échanges, une tendance se confirme. Les gestionnaires de flotte ne cherchent plus seulement à électrifier, mais à mieux piloter leurs parcs. Les attentes évoluent vers davantage de flexibilité, de visibilité et d’outils capables d’accompagner cette transformation. Dans ce contexte, la présence de solutions orientées data, comme Linkbycar, apparaît comme une évidence. Elle répond directement à ce besoin de compréhension fine et de pilotage opérationnel.
Un décalage persistant entre perception et réalité
Malgré cet engouement, un point de friction demeure : la perception du véhicule électrique.
« Il y a peut-être un décalage sur la manière dont les choses sont perçues ». Autonomie, durabilité, évolution dans le temps… les discours restent nombreux et parfois contradictoires. Certains évoquent une forte dégradation, d’autres minimisent le phénomène.
« Beaucoup de choses sont dites […] on se rend compte que ce n’est pas linéaire. ». Ce manque de clarté crée une incertitude pour les acteurs du marché, notamment sur des sujets stratégiques comme la valeur résiduelle.
Face à cela, Ahmed Soumare insiste sur un point : seule la donnée permet d’objectiver les débats. « La data est là pour remettre tout le monde sur le bon socle et partir d’une bonne base de discussion. »
Le Battery Care Score pour comprendre la valeur
C’est précisément pour répondre à ces interrogations que Linkbycar a développé le Battery Care Score.
Cet outil s’appuie sur une analyse approfondie des données issues du BMS (Battery Management System). Il permet de décortiquer les usages réels des véhicules et d’identifier les facteurs qui influencent directement la dégradation des batteries.
« On a sorti […] une analyse très poussée des données de BMS. » L’intérêt est d’aller au-delà d’un simple constat. Là où certains indicateurs mesurent la perte, le Battery Care Score apporte une lecture explicative et actionnable.
« Le SOH dit : je vais perdre de l’autonomie. Le Battery Care Score dit : pourquoi j’en perds et comment éviter d’en perdre. » Cette approche permet non seulement de comprendre le présent, mais aussi de se projeter dans le futur avec davantage de précision.
Des usages qui impactent directement la batterie
L’analyse des données met en lumière un élément central : les habitudes d’utilisation ont un impact direct sur la santé des batteries.
Certaines pratiques sont particulièrement pénalisantes, comme la recharge rapide répétée ou les charges systématiques à 100%.
« Recharge rapide et recharge complète […] ça impacte encore plus une batterie. » Mais c’est surtout l’accumulation de ces comportements qui accélère la dégradation. Autre point clé souvent sous-estimé : toutes les batteries ne réagissent pas de la même manière.
« On a plusieurs chimies […] certaines habitudes vont user certains types de batteries différemment. » Cela renforce l’importance d’une approche individualisée, basée sur la donnée plutôt que sur des généralités.
Des économies concrètes à la clé
Au-delà de la compréhension technique, les impacts sont aussi financiers.
Les analyses menées par Linkbycar sur des flottes importantes montrent des résultats concrets et mesurables. Sur un parc de 2 000 véhicules, l’application de recommandations permet de réduire significativement la perte d’autonomie.
On passe ainsi d’une baisse moyenne de 3% à seulement 1%, soit une économie d’environ 540 € par véhicule et par an. À l’échelle d’une flotte, ces gains deviennent rapidement stratégiques. Ils influencent directement le coût total de possession et la valeur résiduelle des véhicules.
Un enjeu d’éducation des conducteurs
Cependant, ces résultats ne peuvent être atteints sans un changement de comportement.
« Il y a un gap entre […] fournir un véhicule électrique et l’éducation. »
Aujourd’hui encore, de nombreux conducteurs ne disposent pas des connaissances nécessaires pour adopter les bonnes pratiques. Or, ces gestes du quotidien ont un impact direct sur la durée de vie des batteries. Par exemple, rouler régulièrement avec un niveau de batterie inférieur à 20% constitue un facteur de dégradation.
« Continuer de rouler […] en dessous de 20% […] ça impacte la batterie. » L’enjeu est donc aussi pédagogique: accompagner les utilisateurs pour maximiser la performance des véhicules.
Des gains mesurables dans le temps
Si le manque de recul empêche encore d’établir une durée de vie moyenne précise des batteries, certaines tendances se dessinent.
« On n’a pas encore assez d’ancienneté […] pour pouvoir sortir ça. »
En revanche, les utilisateurs qui appliquent les recommandations constatent des bénéfices tangibles. Ils parviennent à préserver environ 2% d’autonomie supplémentaire par an. Sur des véhicules ayant cinq ans d’ancienneté, cela représente jusqu’à 50 kilomètres d’autonomie en plus.
La data comme outil de projection
Au-delà de l’analyse, la donnée permet surtout d’anticiper. Elle offre une visibilité à l’instant présent, mais aussi une capacité de projection essentielle pour les gestionnaires de flotte.
« Avoir la donnée […] permet de se projeter sur le futur. ». C’est précisément cette capacité qui permet de transformer une contrainte : l’électrification en levier de performance et de maîtrise.