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Municipales 2026 et ZFE : ce que la nouvelle carte politique des villes change pour les flottes d’entreprises

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LOM, ZFE, et obligations

Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 ont rebattu les cartes dans plusieurs grandes villes françaises. Pour les gestionnaires de flotte, ces résultats ne relèvent pas seulement de la vie politique locale : ils peuvent avoir des conséquences concrètes sur les conditions de circulation, le stationnement, la logistique urbaine et surtout l’évolution des zones à faibles émissions (ZFE).

Car malgré les débats nationaux autour d’une éventuelle suppression du dispositif, le cadre applicable reste, à ce stade, celui en vigueur localement. Le vote définitif sur la suppression des ZFE a été repoussé après les élections municipales – il était initialement attendu en janvier 2026. Tant qu’aucun changement n’est promulgué au Journal officiel, les règles locales continuent de s’appliquer, y compris les interdictions de circuler et les amendes. Et sur ces sujets, les exécutifs municipaux et métropolitains conservent un rôle déterminant. Pour les entreprises, l’enjeu est donc moins de commenter le scrutin que d’anticiper ses effets pratiques territoire par territoire.

Pourquoi les élections municipales comptent pour les flottes

Sur le terrain, beaucoup d’acteurs économiques évoluent aujourd’hui dans un climat d’incertitude. Depuis plusieurs mois, la question de l’avenir des ZFE alimente les commentaires et les anticipations. Certaines entreprises ont pu croire à une disparition rapide du dispositif, après le vote de l’Assemblée nationale en mai 2025 et l’accord de la commission mixte paritaire en janvier 2026. En pratique, la situation reste plus nuancée: tant qu’aucun changement n’est définitivement entré en vigueur, les règles locales continuent de s’appliquer.

Cette incertitude nationale renforce mécaniquement le poids du local. Même en cas d’évolution du cadre général, les grandes métropoles disposent de leviers importants pour maintenir, adapter ou faire évoluer certaines restrictions de circulation, selon leurs priorités propres. Paris et Lyon ont d’ores et déjà signalé leur intention de conserver leur ZFE quelle que soit la décision nationale.

Pour les gestionnaires de flotte, cela signifie une chose concrète : les arbitrages ne peuvent plus être pensés à partir d’une lecture nationale unique. Ils doivent être ajustés en fonction des territoires réellement fréquentés par les véhicules, et des équipes municipales qui en auront la charge pour les six prochaines années – soit jusqu’en 2032.

Paris : une ligne de continuité, avec un calendrier déjà connu

Emmanuel Grégoire l’emporte à Paris avec 50,52% des voix. Sur les grands équilibres de circulation et de mobilité, le scrutin s’inscrit dans une logique de continuité. Pour les flottes professionnelles, cela présente au moins un avantage : celui de la lisibilité.

La restriction ZFE visant les véhicules Crit’Air 3 sur le périmètre métropolitain est déjà en vigueur depuis le 1er janvier 2025. Elle concerne les diesels immatriculés avant 2011 et les essences d’avant 2006, et s’applique sur 77 communes de la métropole, du lundi au vendredi de 8h à 20h pour les voitures particulières, deux-roues et utilitaires légers. Environ 59 000 véhicules professionnels sont concernés dans le Grand Paris, selon une étude de l’Apur.

La période pédagogique est prolongée jusqu’au 31 décembre 2026 : les contrôles restent ponctuels et informatifs, sans verbalisation systématique. Mais cette tolérance n’est pas une autorisation : la vignette Crit’Air reste obligatoire, et la règle s’appliquera pleinement à partir de 2027. Par ailleurs, la zone à trafic limité (ZTL) des quatre premiers arrondissements, instaurée en novembre 2024, est maintenue dans sa configuration actuelle.

Pour les responsables de flotte opérant dans le Grand Paris, l’enjeu ne se limite donc pas à la verbalisation à court terme. Il porte surtout sur l’exposition progressive de certains véhicules aux futures restrictions, et sur la nécessité d’anticiper les décisions de renouvellement avant qu’elles ne deviennent pleinement contraignantes. La situation parisienne reste exigeante, mais relativement prévisible. Dans un contexte réglementaire mouvant au niveau national sur les ZFE, cette prévisibilité a de la valeur.

Lyon : le territoire le plus sensible pour les flottes professionnelles

Grégory Doucet est réélu maire de Lyon d’une courte tête – moins de 1 500 voix d’écart – face à Jean-Michel Aulas, qui a annoncé déposer un recours pour irrégularités. La situation lyonnaise mérite une attention particulière, car la métropole est déjà identifiée comme l’un des territoires les plus avancés en matière de restrictions de circulation, avec un calendrier qui engage directement les flottes professionnelles.

Il est important de distinguer deux choses que l’actualité politique tend à mélanger sur les ZFE : les interdictions de circuler, d’une part, et la verbalisation effective, de l’autre. Dans le Grand Lyon, les véhicules Crit’Air 3 sont interdits de circulation depuis le 1er janvier 2025 pour les particuliers, et depuis 2021 pour les utilitaires et poids lourds professionnels. La question du passage à la verbalisation effective des Crit’Air 3 est annoncée pour l’été 2026 selon plusieurs sources concordantes de presse spécialisée – les amendes seraient alors réelles, à 68 euros pour les véhicules légers et 135 euros pour les utilitaires. Pour les entreprises dont des véhicules circulent déjà en infraction sans le savoir, cette échéance est un point de bascule opérationnel à suivre de très près.

Sur les Crit’Air 2, la trajectoire réglementaire officielle de la Métropole fixe leur exclusion au 1er janvier 2028 – et non fin 2026 comme l’avait annoncé Grégory Doucet dans son programme de campagne. Cette distinction est importante pour les gestionnaires de flotte : le programme municipal ne s’applique pas automatiquement et immédiatement, il doit se traduire en décisions métropolitaines formelles. En revanche, la direction politique de la ZFE est clairement posée pour le mandat : les Crit’Air 2 – diesels Euro 5 et 6, immatriculés après 2011, encore très largement représentés dans les parcs professionnels – sont dans le viseur. Les décisions de LLD et de renouvellement sur des contrats de 3 à 4 ans doivent intégrer cette trajectoire dès maintenant.

Une contrainte forte, mais qui présente un avantage opérationnel souvent sous-estimé : les règles lyonnaises sont parmi les mieux identifiées du pays. Le calendrier est connu, les seuils sont précis, et les décisions de flotte peuvent s’appuyer sur une trajectoire stable. Une contrainte claire reste souvent plus facile à piloter qu’un cadre incertain.

Lyon : l’attention à porter aussi à la gouvernance métropolitaine

Au-delà de la mairie, les résultats concernant la Métropole de Lyon méritent également l’attention. La Métropole bascule à droite, avec Véronique Sarselli favorite pour en prendre la présidence. Ville et Métropole vont donc cohabiter sous des orientations politiques opposées pour six ans – une situation inédite dans cette agglomération.

C’est un point souvent moins commenté, mais important pour les entreprises. Les compétences sont en effet réparties entre plusieurs niveaux de décision : voirie communale, grandes artères métropolitaines, zones d’activité périphériques, politiques d’aménagement et de mobilité. Si les orientations de la Ville et de la Métropole divergent, les entreprises pourraient être confrontées à un environnement plus complexe à lire selon les secteurs traversés.

Pour une flotte qui circule à la fois en centre-ville, en première couronne et dans les zones d’activité périphériques, cette dualité institutionnelle peut devenir un sujet très concret. Paradoxalement, une gouvernance unifiée – quelle que soit sa couleur politique – est plus facile à anticiper qu’une cohabitation où deux institutions aux orientations différentes se partagent la compétence sur un même territoire.

Nice et plusieurs villes moyennes : moins de pression immédiate, mais davantage d’incertitude

Éric Ciotti remporte Nice, battant le maire sortant Christian Estrosi dans une alliance droite-extrême droite. Au-delà de Nice, plusieurs villes moyennes ont évolué vers des majorités moins portées sur les politiques de restriction automobile. Dans ces territoires, le rythme de mise en œuvre des ZFE locales – qui s’inscrivent dans un cadre législatif national par ailleurs fragilisé par la séquence en cours – pourrait se détendre dans les faits.

Pour les entreprises locales, cela peut sembler offrir un peu de répit à court terme. Mais cette situation n’est pas nécessairement synonyme de stabilité. L’obligation réglementaire existe, que les élus locaux l’appliquent activement ou non. Et lorsqu’un calendrier ZFE reste flou ou variable, les décisions de flotte deviennent plus difficiles à sécuriser, notamment sur des contrats de trois à quatre ans : on ne sait pas à quel moment la règle se précisera, ni si un durcissement national ou européen viendra rebattre les cartes en cours de mandat.

Une réglementation ZFE exigeante mais connue permet de planifier. Une réglementation mouvante ou appliquée de manière variable crée une zone grise, moins visible mais parfois plus compliquée à gérer pour les directions achats, mobilité ou exploitation.

Une France de plus en plus fragmentée pour les gestionnaires de flotte

À l’issue du second tour, la géographie politique des grandes villes françaises se recompose : la gauche recule légèrement par rapport à 2020, la droite se maintient, le centre progresse d’une ville, et l’extrême droite fait son entrée dans deux grandes municipalités. Des bascules notables ont eu lieu à Strasbourg, Bordeaux et Nice.

C’est sans doute la principale leçon de cette séquence électorale pour les professionnels de la flotte : la géographie réglementaire des mobilités continue de se fragmenter. D’un côté, certaines grandes métropoles affichent une trajectoire lisible, avec un calendrier identifié et des seuils connus. De l’autre, plusieurs territoires laissent davantage de place à l’ajustement, à l’interprétation ou à l’attentisme – ce qui crée une forme d’incertitude différente, mais tout aussi réelle à piloter.

Pour une entreprise présente sur plusieurs bassins d’activité, cette hétérogénéité change la donne. Il devient de plus en plus difficile de gérer la conformité de la flotte avec une doctrine unique valable partout. Les stratégies nationales doivent désormais être complétées par une analyse locale fine, territoire par territoire.

ZFE et entreprises en 2026 : quelles conséquences pour les flottes professionnelles

Dans l’immédiat, les municipales ne modifient pas automatiquement les textes applicables. En revanche, elles donnent un signal sur l’orientation probable des politiques locales pour les années à venir. Trois réflexes s’imposent :

Le premier : cartographier précisément les véhicules Crit’Air 3 engagés sur la métropole lyonnaise, car la verbalisation effective est annoncée pour l’été 2026 selon plusieurs sources concordantes – et identifier les Crit’Air 2 qui seront dans le périmètre de la prochaine étape, fixée au 1er janvier 2028 par la réglementation en vigueur, mais clairement dans la trajectoire politique du mandat.

Le deuxième : ne pas suspendre les décisions de renouvellement à l’attente d’un arbitrage national encore incertain. Les entreprises qui retardent trop leurs choix prennent le risque de subir les calendriers locaux au lieu de les anticiper – et de se retrouver avec des contrats de LLD sur des véhicules devenus non conformes en cours de route.

Le troisième : intégrer davantage la dimension territoriale dans la gestion de flotte. Une entreprise multi-sites n’est plus confrontée à une seule réglementation en matière de ZFE et ZTL, mais à une mosaïque de règles, de calendriers et de marges de tolérance. Dans ce contexte, la veille locale n’est plus un simple plus. Elle devient un outil de pilotage à part entière.

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