Depuis quelques années, les investissements pour encourager les salariés à enfourcher un vélo se sont multipliés. Mais les réalités du terrain sont loin d’être uniformes. Pourquoi certaines organisations transforment leur politique 2-roues en un large succès quand d’autres connaissent l’échec ? On fait le point.
Voilà plusieurs années déjà que Directions des ressources humaines et Directions RSE voient dans le vélo un formidable levier. À la clé, une sérieuse diminution du stress, une meilleure santé physique, un absentéisme en baisse, un sentiment d’autonomie accru et la réduction rapide des émissions GES liées aux trajets domicile‑travail. Quant aux dirigeants, ils perçoivent là l’opportunité de parfaire l’image de l’entreprise et d’attirer les talents. Mais cette convergence ne suffit pas toujours à garantir l’efficacité d’un tel programme. Car l’adoption du vélo par les équipes ne se fait pas d’un claquement de doigts. Elle repose sur des conditions très concrètes, et parfois bien trop sous‑estimées.
« Penser vélo » plutôt que de se contenter d’en parler
Les entreprises qui réussissent leur transition vers les 2-roues ont toutes un point commun: elles abordent le vélo comme un véritable projet stratégique, pas comme un geste symbolique oui simple « cadeau » fait à leurs collaborateurs. Ainsi, commencent-elles par des infrastructures solidement dimensionnées. Un abri couvert, fermé, accessible par badge, peut sembler anecdotique. Pas du tout ! Pour un salarié hésitant, savoir que son vélo sera protégé du vol ou de la pluie est souvent un élément décisif.
Éviter la déconnexion avec les besoins réels des équipes
Dans les grandes (ou moyennes) entreprises, l’installation de ces stationnements sécurisés peut aller de pair avec des vestiaires, des casiers personnels et parfois même de petits ateliers de réparation. Et n’oublions pas la gouvernance. Les politiques vélo qui perdurent s’appuient toujours sur un pilotage identifié : un référent mobilité, une cellule dédiée ou une coordination conjointe RH‑RSE. Ce pilotage garantit la cohérence des actions. Et, surtout, il évite une possible déconnexion avec les besoins réels des salariés.
De la nécessité d’un véritable accompagnement
Attention, il serait faux de penser que le vélo fait partie de la vie quotidienne de chacun. Non, on ne devient pas cycliste du jour au lendemain. On s’y convertit progressivement, souvent sous l’effet d’un encouragement clair. Comme, par exemple, des formations à la sécurité, des ateliers d’entretien, des essais gratuits de vélos électriques, des aides financières ou un Forfait Mobilités Durables suffisamment attractif. Forcément, cette accumulation de gestes concrets dessinent un environnement favorable au changement.
Les illusions du « tout-annonce »
À l’inverse, un grand nombre de politiques vélo échouent car pensées d’abord par (et pour) la communication. Ces initiatives révèlent alors un très profond décalage entre les intentions affichées et la réalité opérationnelle. À la clé, une frustration qui peut s’avérer « dévastatrice », en tout cas démobilisatrice. D’autant que les salariés avaient été invités à prendre part à un effort collectif, hélas pas véritablement engagé du côté de leur direction !
Attention au manque de flexibilité organisationnelle !
Tous les spécialistes s’accordent à le dire : on ne peut pas encourager les collaborateurs à venir en vélo tout en maintenant des contraintes horaires rigides, des réunions matinales imprévisibles ou l’obligation de transporter régulièrement du matériel. Une obligation: tenir compte des réalités du quotidien des salariés. Le vélo ne peut être efficace que s’il s’inscrit dans une vision systémique: articulation avec le télétravail, les transports en commun, la réduction des places de parking, les objectifs carbone et les politiques RH. Lorsqu’il se réduit à une action ponctuelle, il devient anecdotique. Donc sans grand intérêt.
Bref, cette constatation a été maintes fois vérifiée sur le terrain: les entreprises qui parviennent à transformer « l’essai » ne sont pas nécessairement celles qui investissent le plus. Celles qui réfléchissent le mieux, plutôt. C’est-à-dire celles qui acceptent d’envisager le vélo non comme une communication ou une solution rapidement rentable mais comme une profonde transformation culturelle. Une opportunité à portée de main (ou plutôt de pied ! )… pourvu qu’on la prenne au sérieux !