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Interview de Geoffroy Boulard, maire du 17ème arrondissement de Paris et vice-président de la Métropole du Grand Paris

par Yann Azran

Geoffroy Boulard, maire du 17ème arrondissement de Paris et vice-président de la Métropole du Grand Paris, aborde la sensibilisation des habitants et l’engagement de la Métropole dans la transition durable.

En tant que maire du 17ème arrondissement, comment encouragez-vous les habitants dans la transition durable?

Nous avons mis en place un dispositif au niveau de la mairie du 17e arrondissement, de sensibilisation au sujet de transition écologique avec des fresques du climat que nous organisons pour les habitant. Nous proposons des sessions qui sont ouvertes gratuitement à tous les habitants qui veulent y participer.

On a innové récemment puisqu’on a maintenant une fresque de l’économie circulaire, parce que le réemploi, le tourisme, c’est aussi un enjeu important dans la manière de consommer.

Nous avons également mis en place , au niveau de la mairie, un dispositif, un challenge pour mobiliser nos agents en matière de réduction énergétique de notre bâtiment municipal. On a procédé auparavant à une rénovation thermique énergétique qui nous a permis de gagner 25 % d’économie en consommation.

Nous sommes labellisés depuis 2020. Nous avons une certification AFNOR sur ce sujet et sur le bâtiment de la mairie, avec tous les agents qui sont mobilisés pour réduire les consommations, pour être soucieux évidemment de la bonne performance énergétique. Car on le sait, les bâtiments sont à l’origine la première source de pollution.

En plus de la sensibilisation des habitants, comment challengez-vous les différents services de la mairie?

Il y a une mobilisation des différents services de la mairie et ils sont challengés entre eux. Il y a une petite application et on voit qui a gagné le challenge du mois en matière de comportements vertueux. C’est quelque chose qui est très stimulant pour la mairie et on a vraiment souhaité engager nos agents dans cette démarche. Parce que quand on est décideur public, il faut aussi appliquer ce qu’on dit sur les plateaux ou ce qu’on dit sur des documents, des magazines, etc. Rien de mieux que de le faire avec les agents de la mairie.

On a créé aussi devant la mairie sur la ligne place maintenant qui existe, un début d’îlot de fraîcheur parce que sensibiliser, c’est important. Montrer l’exemple, c’est important quand on est une collectivité, mais c’est aussi à travers tous les programmes d‘aménagement urbain avec des projets de remettre des arbres là où c’est possible, en concertation avec les habitants.

Nous venons de sortir d’une concertation dans le quartier des Épinèdes, dans une rue très minérale, où on a présenté quatre projets d’aménagement futurs à l’échéance 18 mois. Et les habitants ont choisi celui où il y avait le plus d’arbres et ça va d’ailleurs être une rue un peu emblématique, puisqu’on a une vingtaine d’arbres qui vont être plantés là où c’était possible.

Lorsque vous menez ce genre de concertations, vous rendez-vous compte qu’il y a une envie de s’engager encore plus directement de la part des habitants?

Bien sûr, les habitant sont moteurs. Et si on est élus, c’est pour être au service des attentes des habitants, mais c’est surtout aussi pour s’appuyer sur leurs réflexions, sur leurs propositions. J’estime que la transition, elle se fait avec les habitants. Elle ne se fait pas contre, elle ne peut pas être dogmatique, elle ne peut pas être idéologique. Ça doit se faire avec les habitants.

Comment la Métropole du Grand Paris mène-t-elle la transition énergétique en concertation avec les collectivités locales qui la composent?

La Métropole du Grand Paris est très engagée sur ces questions de biodiversité, sur les sujets liés à la transition écologique. On a un fonds vert qui est à disposition des maires, qui est de 100 millions d’euros. On a mis en place tout un programme aussi pour mailler le territoire en bornes de recharge rapide électriques, nommé Métropolis. Ce sont 5 000 bornes qui sont proposées aux maires, puisque la Métropole, c’est la coopération des maires des 131 communes, dont Paris, de la zone la plus dense, 7,2 millions d’habitants, 25 % du PIB français, avec des grands écarts en termes de richesse.

 L’objectif de la communauté du Grand Paris, c’est justement de procéder aussi à du rééquilibrage territorial pour développer de l’attractivité et pour faire face à ces enjeux de transition dans la zone la plus dense et la plus polluée

L’enjeu de la Métropole, c’est de soutenir les maires qui souhaitent changer leur ville et la rendre plus durable, naturellement, plus agréable à vivre, parce que c’est ça l’enjeu de tous les maires, quelle que soit leur appartenance politique, au service des habitants. La métropole est au service des maires pour accompagner cette transition écologique et la faire atterrir réellement, que ça ne reste pas à l’état d’annonce.

Quelles sont les prochaines étapes de passage à la ZFE de manière effective?

La ZFE, c’est la zone à faibles émissions. C’est-à-dire qu’on va limiter l’utilisation des véhicules et voire interdire progressivement les plus polluants. L’idée, c’est d’avoir dans la ville le moins de d’émissions polluantes possibles, qui sont évidemment source de problèmes qui touchent à la santé des habitants. 48 000 morts par an qui sont potentiellement liés aux émissions et notamment automobiles. C’est un sujet de santé publique.

La zone à faibles émissions, elle est une mesure pour réduire la pollution. Il n’y a pas que ça, mais c’est vrai qu’elle est un peu emblématique parce que c’est nouveau, parce qu’on va progressivement interdire des véhicules diesel, polluants. Cela se fait par phases progressivement, tout en travaillant avec les professionnels, parce que ce sont eux qui vont être globalement aussi impactés, en plus des particuliers, bien sûr. Je l’ai dit, dans la métropole, on a des quartiers où le véhicule est essentiel pour aller se déplacer, pour aller à son lieu de travail, pour travailler sur des déplacements importants, parce que la couverture et le maillage en transport n’est pas là.

Nous savons que cette mesure est contraignante. On doit l’accompagner socialement, on doit l’accompagner avec des prêts, avec des aides, avec un réseau de bornes de recharge pour ceux qui vont vouloir passer à l’électrique. Et on a un dispositif qui s’appelle Métropole Roule Propre qui permet à tout habitant de la Métropole du Grand Paris de cumuler les aides et de passer à un véhicule électrique.

Le calendrier a été repoussé progressivement, car nous n’étions pas prêts. Parce que si vous imposez un certain nombre de règles à des habitants, mais aussi à des professionnels qui vont avoir des flottes à renouveler, ce sont des investissements lourds, parfois, avec des véhicules très spécifiques – vous ne pouvez donc pas le décréter comme ça. Il y a des investissements pour certaines entreprises, des artisans, des commerçants ou des entreprises de services, tout simplement. Il faut donner de la visibilité. Le calendrier que nous avions imaginé ne tient plus du tout. Le Covid est passé par là.

L’État a l’obligation de mettre à disposition des équipements pour contrôler que cette ZFE est efficiente. Parce que sinon, on est dans l’incantation. S’il n’y a pas de contrôle, il ne sert à rien de mettre des contraintes aux gens si nous ne sommes pas capable d’appliquer une réglementation. En l’occurrence, l’État n’a pas fourni les équipements pour contrôler les plaques d’immatriculation, pour contrôler les véhicules.

Tant qu’il n’est pas en mesure de nous fournir cet équipement. Nous avons décidé avant l’été de repousser le calendrier à la fin de l’année 2024, début 2025, pour mettre en place l’application sur les critères 3, qui concerne quand même plus de 450 000 véhicules.

On a en parallèle commencé depuis plusieurs années, on va poursuivre un travail de dentelle avec les professionnels, parce qu’on sait que pour eux, c’est un investissement qui est plus « lourd » qu’un particulier – même si aujourd’hui, la conversion thermique-électrique reste lourde pour un ménage, elle est aussi lourde pour un artisan, pour un commerçant, pour une entreprise qui a une flotte de véhicules. On travaille aussi à des exonérations pour certains véhicules d’intérêt général, etc. Tout ça est encore en discussion, mais nous avons bien avancé avec un certain nombre de professionnels, via les chambres consulaires, les organisations professionnelles et interprofessionnelles. Il y aura quelques exonérations justifiées et la liste n’est pas encore complètement arrêtée, bien sûr. 

L’état doit aussi nous apporter une garantie d’aide, notamment pour les ménages les moins aisés qui ont besoin de leurs véhicules et qui ne peuvent pas basculer immédiatement dans un achat d’un véhicule électrique. Et l’État nous avait promis un prêt à taux zéro qu’ils n’ont jamais mis en place.

Donc, le prêt à taux zéro doit être mis en place et les portiques qui permettent de lire les plaques et d’appliquer la ZFE sur les critères interdits, ce sont les deux critères essentiels pour nous. C’est pour ça que nous, les maires, sommes pragmatiques, on ne va pas s’infliger des réglementations qu’on n’est pas capables de contrôler.

Mais l’État a payé le gouvernement des pénalités parce qu’il n’avait pas mis en place de dispositif pour lutter contre la pollution dans les zones les plus urbaines de son territoire. Et donc la Métropole, les maires, se sont réunis pour accompagner cet enjeu politique, mais l’État a une responsabilité de fournir les équipements et les conditions pour que cela se fasse le plus simplement possible et surtout avec le moins d’impact social pour des populations, pour des ménages qu’on a besoin, mais aussi pour des entreprises, parce que c’est un sujet évidemment aussi impactant l’économie.

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