Accueil » Villes et Territoires » Tourisme durable: Les territoires en marche accélérée vers la transition

Tourisme durable: Les territoires en marche accélérée vers la transition

par Laurent F.

Filiale à 100% de la Caisse des Dépôts et directement rattaché à la Banque des Territoires, le Groupe SCET est une société de conseil stratégique et d’appui aux territoires.

Elle accompagne les stratégies d’attractivité territoriale ainsi que le développement local des structures publiques et privées.

Directeur Tourisme, Culture et Loisirs au sein du groupe, Thomas Lamand est le co-auteur d’un livre blanc intitulé «Le tourisme en transition. Relever le défi du passage à l’action».

Après nous avoir présenté SCET il a accepté de nous parler des principaux enjeux auxquels doivent aujourd’hui faire face les territoires. Des leviers dont ils peuvent disposer aussi.

Quelles sont les missions du Groupe SCET?

Thomas Lamand: «A travers nos entités (SCET, Citadia, Aatiko, Ville en Œuvre) et nos centres de compétences, nous sommes le seul acteur intégré de conseil 100% public dédié aux transformations des territoires et aux évolutions des politiques publiques. Notre présence locale (six hubs régionaux, douze directeurs territoriaux, 400 consultants et PMAD…) renforce encore notre ancrage. Cette proximité nous permet d’intervenir à toutes les échelles, de mesurer les besoins, d’évaluer les enjeux sociaux et d’identifier les vecteurs de transformation de chaque territoire. Nous proposons des réponses opérationnelles et concrètes aux questions de la ville de demain. Ceci, pour co-construire une nouvelle approche de l’aménagement et tendre vers des territoires résilients.»

De quels atouts disposez-vous pour les territoires, les collectivités et les bailleurs sociaux, notamment?

Thomas Lamand: «La pluridisciplinarité de nos expertises est un élément différenciant puisqu’elle permet d’articuler trois volets complémentaires nécessaires pour faire émerger les projets. D’abord, la vision sur les problématiques globales. L’expertise thématique et les approches spécifiques aux filières aussi (tourisme, développement économique, commerce, immobilier, logement social…). Enfin troisième volet, la technicité sur le montage et l’accompagnement opérationnel. Ce regard transverse est au cœur des attentes des territoires qui doivent articuler des projets de plus en plus complexes dans un environnement normatif, réglementaire et économique souvent incertain. Ainsi, la capacité à «mettre en musique» les projets de l’amont à l’aval est donc plus que jamais une préoccupation pour ceux-ci.»

Vous avez récemment co-signé un livre blanc intitulé «Le tourisme en transition». Cette question essentielle est-elle aujourd’hui au cœur des préoccupations des différents territoires ou faut-il (encore) convaincre?

Thomas Lamand: «Elle est désormais très largement partagée. Avec, depuis un certain nombre d’années, un ensemble de travaux qui ont mis en lumière les enjeux pour la filière. Comme celui que nous avons pu mener pour l’Ademe sur l’évaluation des émissions GES du tourisme. Mais s’il contribue aux émissions (principalement en raison des transports longue distance), le tourisme est également fragilisé par les effets du changement climatique, générateur de nouvelles vulnérabilités auxquelles il s’agit de s’adapter. Afin de pouvoir agir concrètement, il est donc nécessaire d’identifier comment mesurer l’impact des différentes dimensions du tourisme, et l’objectiver à travers des indicateurs. De nombreuses initiatives sont lancées, et donnent corps à des offres nouvelles qui tiennent compte de cette nouvelle réalité.» 

Vous avancez six critères pour un référentiel durable. Quels sont-ils ?

Thomas Lamand: «Sur le volet environnemental, nous identifions effectivement six enjeux au cœur des défis actuels, qui s’articulent avec les bénéfices sociaux et économiques du tourisme sur le développement local.

1. La Jauge. Il s’agit de calibrer la fréquentation touristique soutenable de la destination sur l’année et la saison, mais aussi en instantané lors des jours d’affluence. Les modalités de visite, les réservations préalables par internet, la capacité d’hébergement et l’ingénierie du stationnement peuvent apporter des solutions concrètes pour dimensionner raisonnablement l’accueil, répartir les flux, et ainsi garantir une expérience agréable.

2. L’Empreinte Carbone. Elle peut être mesurée périodiquement en croisant les indicateurs relatifs aux transports, aux offres (hébergement, restauration, activités) et aux achats de biens touristiques. La méthodologie du bilan carbone permet de réaliser des estimations pluriannuelles afin de s’engager vers des trajectoires vertueuses et identifier les leviers d’actions les plus «rentables» pour décarboner les destinations selon leurs spécificités.

3. La Biodiversité. Plus les sensibilités environnementales sont grandes, plus l’encadrement des pratiques doit être rigoureux pour protéger les milieux des perturbations: flux trop importants, activités motorisées ou encore pollution lumineuse. Pour autant, il ne s’agit pas de mettre sous cloche les espaces naturels. Comme le montre la mise en tourisme des grands parcs, il est possible de conjuguer découverte et respect des écosystèmes. En permettant l’émerveillement, c’est aussi la sensibilisation des touristes-citoyens qui progresse.

4. Les Ressources. La gestion économe des ressources est cruciale et concerne à la fois l’énergie, l’eau, l’alimentaire et les circuits courts. Et ce, aussi bien en amont (réduction des consommations et gaspillage) qu’en aval (réduction des déchets et amélioration de leur gestion). Les destinations peuvent rapprocher les ressources du territoire d’accueil avec les consommations induites par l’activité touristique.

5. La Vulnérabilité. L’analyse des sensibilités, des plans de prévention existants et des modélisations prospectives du climat (limite pluie-neige en montagne, évolution du trait de côte littoral) donne le jeu de contraintes, mais révèle aussi de nouvelles opportunités. Un changement de paradigme est à l’œuvre dans la culture du risque. Avec le développement des solutions fondées sur la nature (SFN) qui intègrent les aléas au sein des projets d’aménagement plutôt que de bâtir des approches défensives.

6.La Désartificialisation. Les enjeux de sobriété foncière et l’adaptation des secteurs menacés va requestionner la vocation de certains espaces qu’il conviendra parfois de désartificialiser en laissant la renaturation s’opérer. Cet axe présente une double opportunité: il permet de restaurer les écosystèmes (notamment forestiers) et d’agir sur la capacité d’absorption du carbone. Mais aussi de replanter des paysages qualifiants qui seront demain le support de nouvelles activités touristiques respectueuses des milieux.»

Parmi les onze actions que vous préconisez, certaines vous semblent-elles plus urgentes que d’autres ? 

Thomas Lamand: «Les touristes sont de plus en plus nombreux à être sensibles aux enjeux environnementaux, mais il existe toujours un écart significatif entre les paroles et les actes. Les Français sont toujours autant attachés à profiter de leur temps de vacances et de loisirs même si leurs choix de séjours ne sont pas toujours vertueux. L’effet de milieu joue aussi: on manque souvent d’exemple autour de soi pour définir ce qu’est une attitude touristique responsable. Réconcilier plaisir et responsabilité est donc au cœur de la transition pour faire basculer les pratiques. En conséquence, un premier ensemble d’actions est à prioriser pour développer une politique de l’offre qui soit attractive. Construire des produits itinérants grand public, faire rêver via des hébergements en communion avec la nature, et passer à masse critique l’offre de proximité, par exemple. Il s’agit aussi d’accompagner les sites touristiques dans leur transition économique et environnementale. 

Coté territoires, les défis sont très hétérogènes, et les problématiques ne sont pas toujours comparables pour des métropoles très connectées, des territoires ruraux moins accessibles ou des destinations établies comme les stations littorales ou de montagne. Celles d’outre-mer ont également leurs spécificités, avec une dépendance à l’aérien pour leurs arrivées touristiques. Chaque territoire peut donc organiser le pilotage de la transition selon son profil, au regard de la pondération des critères environnementaux sur lesquels il souhaite avoir le plus de levier.»

Mais tout cela suppose une grosse enveloppe budgétaire que certains territoires n’ont pas (ou plus), non?

Thomas Lamand: «La question budgétaire est importante en effet. Un certain nombre de financements sont engagés par les collectivités ou des institutions comme l’Ademe. Cette question et à mettre en perspective avec la gouvernance plus globale de la filière, car le tourisme se trouve au carrefour de l’action publique et des opérateurs privés. Cette nécessaire coordination public-privée permet d’inventer de nouveaux modes de partenariats, comme les foncières tourisme qui se déploient depuis quelques années  et intègrent des objectifs environnementaux. Les projets touristiques sont aussi à articuler avec le foncier, l’urbanisme et les plans de mobilité. A l’image de l’adaptation des stations balnéaires au recul du trait de côte, ce prisme de l’aménagement peut permettre d’envisager le financement d’opérations plus globales.»

Articles connexes