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Céline Acharian : «Il suffit d’aller dans les villes moyennes pour constater que les transitions y ont commencé depuis bien longtemps !»

Céline Acharian : «Il suffit d’aller dans les villes moyennes pour constater que les transitions y ont commencé depuis bien longtemps!»

par Laurent F.

Créé en 2010, ce think tank réunit experts et acteurs de toutes les disciplines sur les questions des transitions urbaines. Sa Directrice générale Céline Acharian a accepté de nous en dire plus sur la mission d’intérêt général de ce fonds de dotation. L’occasion de parler aussi des villes moyennes, véritables figures de proue de la transition écologique.

Sur quelle idée repose la Fabrique de la Cité ?

Céline Acharian : «La Fabrique de la Cité est un fonds de dotation dont l’unique mécène est le groupe Vinci. L’idée de départ était d’ouvrir un terrain neutre sur lequel pouvoir dialoguer avec les différents acteurs de la ville, qu’ils soient architectes, universitaires, urbanistes, responsables de collectivités territoriales ou élus notamment. Et avec un réel intérêt sur la façon dont ces transitions s’opèrent sur le terrain, tout particulièrement dans les villes moyennes. C’est pourquoi, tout au long de l’année, nous interrogeons les acteurs de ces villes sur chacun des sujets que nous mettons à l’étude.» 

Quels sont ces sujets ?

Céline Acharian : «Tous ont évidemment des résonances avec les différentes activités du groupe Vinci. Ainsi, nous nous consacrons aux problématiques liées à la ville tant dans sa structure que dans son fonctionnement, dans ses conduites et dans son administration. Elles peuvent être liées à la mobilité, à la gestion des énergies, à la construction, à la rénovation énergétique, à l’aménagement des territoires…»

@La Fabrique de la Cité

Vous vous appuyez sur un comité d’orientation composé de nombreux experts. Quel est son rôle ?

Céline Acharian : « Ce sont des acteurs publics ou privés ; certains viennent du groupe Vinci mais pas seulement. Ce peut être notamment des universitaires engagés dans une expertise spécifique. Nous les réunissons quatre fois par an, et nous menons ensemble des réflexions de fond. Ce comité évalue la pertinence des sujets que nous souhaitons traiter et nous soumet de nouvelles pistes de réflexions dans leurs différents domaines. Cela étant dit, nous ne sommes pas un laboratoire de recherches. Ce que nous publions est toujours de moyenne portée. Nos publications ne sont pas vouées à être pérennes, mais à être utiles au moins quelques années. Pour peu que les politiques publiques du domaine concerné n’évoluent pas à toute vitesse, bien évidemment…»

Y a-t-il des domaines qui vous paraissent plus «épineux» ou plus urgents que d’autres ?

Céline Acharian : «De toute évidence, il existe aujourd’hui une grande complexité dans la définition des responsabilités des différentes instances de l’Etat. Avec un chevauchement des périmètres d’intervention d’un certain nombre d’administrations publiques, et des injonctions paradoxales parfois. Par exemple, entre l’urgence de la rénovation énergétique des bâtiments publics (y compris patrimoniaux) et la sauvegarde du patrimoine vu par le Ministère de la Culture, des moyens restent à trouver qui concilient théorie et pratique. À commencer par des modalités de gouvernance. La mobilité dans le périurbain rencontre elle aussi un vrai problème de gouvernance. Parfois, le périmètre de responsabilité n’est pas celui du financement. Il arrive que certains se prononcent sur l’opportunité de la mise en place d’un système de transport dont au final ils ne seront pas les usagers ou pas les payeurs.

Mais il ne s’agit pas pour nous de dresser chaque fois un diagnostic sur ce qui ne marche pas, ou sur ce qui pourrait ne pas marcher. Au contraire, nous voulons montrer comment -malgré toutes ces difficultés- on peut s’en sortir et faire des choses. Et c’est donc le cas dans les villes moyennes !»

@La Fabrique de la Cité

Comment travaillez-vous avec celles-ci ?

Céline Acharian : «Comme je le disais, nous les rencontrons toute l’année. En octobre prochain, nous organiserons la cinquième édition des Rencontres des Villes moyennes. Après Cahors, Saint-Dizier et Roanne-Montbrison, elles se situeront cette fois à Libourne. Nous organisons également des ateliers territoriaux, comme ce fut le cas à Bourges récemment. L’idée, en rassemblant tous ces grands acteurs locaux, est de faire se réunir la théorie et la pratique. Et de réinterroger la théorie en partant de cette pratique. Ainsi peut-on voir concrètement comment les grandes visions parfois un peu systémiques peuvent se confronter aux réalités de terrain. Certains objectifs paraissent souvent contradictoires, ou en tout cas compliqués à combiner.»

C’est-à-dire ?

Céline Acharian : «Par exemple, réindustrialiser massivement et être plus sobre dans l’utilisation du foncier, ou utiliser beaucoup moins d’eau et basculer dans les énergies vertes, ne sont pas des choses faciles à mettre en place. Pour autant, dans ces villes moyennes on voit bien souvent des équipes conduire des projets de bout en bout avec succès. Lorsqu’à l’échelon national, on entend parler des moyens à mettre en œuvre pour entamer la transition, il suffit d’aller dans les villes moyennes pour nous rappeler qu’en réalité, ces transitions y ont commencé depuis bien longtemps ! Le terrain d’expérimentation est déjà très large. Tirer parti de ces expériences et de ce qu’elles nous enseignent nous est précieux.»

À noter que le 20 mars La Fabrique de la Cité organise un webinaire (ouvert à tous) sur la rénovation énergétique de l’habitat, et sur l’exemplarité de certaines villes, à l’image de Mulhouse, Redon, Chalon-sur-Saône ou Valenciennes notamment.

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