Quand les salariés s’unissent en collectifs pour accélérer la transition de leurs entreprises…

Par Laurent F.
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Si, depuis quelques années, la question de l’urgence climatique s’invite dans les différentes équipes, 2025 semble marquer un tournant: de plus en plus nombreux sont les collectifs qui s’engagent, exigeant de leurs entreprises des engagements (beaucoup) plus forts. On fait le point.

Le phénomène ne concerne pas seulement la France. Selon des études récentes, plus de 60% des salariés européens se disent insatisfaits de l’engagement de leur entreprise face au réchauffement climatique. Un constat dont découle de plus en plus souvent une forte réaction: la création de groupes internes mobilisés autour de la réduction de l’empreinte carbone et l’intégration de critères environnementaux dans la stratégie globale. Chez nous, plusieurs de ces initiatives ont ainsi marqué les esprits. Comme, par exemple, le collectif «Pour un réveil écologique», né dans les grandes écoles et qui continue aujourd’hui encore d’inspirer les jeunes diplômés avant que ceux-ci ne poursuivent leur mobilisation une fois en poste. 

Les collectifs inter-entreprises se multiplient… et font le forcing! 

Mais ce n’est pas tout. Car 2025 voit apparaître une franche évolution: la multiplication des actions collectives et coordonnées entre entreprises. En janvier dernier, plus de 200 de ces collectifs de salariés (représentant des milliers de travailleurs) ont uni leurs forces et ont publié une tribune commune. Leur message? «Nos entreprises doivent agir, et vite, pour rester légitimes dans un monde en crise climatique ». On l’aura compris: ces collectifs particulièrement impliqués sont bien décidés à faire le forcing. Et pas n’importe comment. En menant des actions concrètes, comme un travail de lobbying basé sur des réalités solides. Ainsi, dans plusieurs grands groupes du CAC 40, des collectifs internes ont remis à leurs directions des plans d’action détaillés. Des documents souvent élaborés avec l’aide de chercheurs ou d’associations, et qui vont largement au-delà des obligations réglementaires, histoire de mettre la pression sur les conseils d’administration!

Une force de persuasion sans précédent

Bien entendu, ces mobilisations ne sont pas sans provoquer parfois quelques tensions, certaines directions redoutant une politisation ou une fragilisation de la cohésion interne. Pour autant, dans la majorité des cas, la mobilisation permet d’accélérer la transition. Face à l’engagement fort de leurs équipes, plusieurs entreprises ont en effet renoncé à des projets jugés trop polluants. Ou ont revu leurs investissements vers des solutions bas carbone. Pour ne citer qu’un exemple, au printemps 2025 un collectif d’ingénieurs d’un géant du numérique a obtenu la suspension d’un projet de data center qu’il estimait incompatible avec les objectifs climatiques de l’entreprise. En lieu et place, une infrastructure  intégrant 100% d’énergies renouvelables a été prévue.

Des acteurs incontournables des futures gouvernances?

Autre évolution: les syndicats intègrent désormais pleinement la transition climatique dans leurs revendications. Du même coup, entre salariés et syndicalistes les passerelles se multiplient. Grâce aux négociations menées conjointement, plusieurs accords d’entreprise incluent aujourd’hui des clauses environnementales. Conséquence: du fait de leur capacité à fédérer les collaborateurs bien au-delà des clivages hiérarchiques, de nombreux observateurs estiment aujourd’hui que ces collectifs sont en train de devenir des acteurs incontournables de la gouvernance. Le Haut Conseil pour le climat a lui-même salué dans son dernier rapport «le rôle moteur des salariés dans la transition écologique des entreprises». Reste donc, pour ces dernières, à considérer pleinement ces voix dont l’ampleur monte…

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