Accueil » Interview vidéo » Emeline Baume : « on veut accompagner la transformation du territoire. »

Emeline Baume : « on veut accompagner la transformation du territoire. »

par Néo Prevot

Sur le salon Mix.E nous avons rencontré Emeline Baume, vice-présidente de la métropole de Lyon, chargée de l’économie des achats et du numérique qui a répondu à nos questions sur les sujets économiques et énergétiques. 

Les sujets de transition énergétique et économique

Comme beaucoup de territoires, on a une lecture de la mise en œuvre des accords de Paris, pour faire très simple. Quand on parle de transition au sens large du terme, on a au moins trois choses à regarder: la question de la descente matérielle de l’économie et, entre autres, le sujet de l’énergie qui mobilise ici, sur Mix.E. Il y a le sujet plus global du climat et donc des modèles économiques, du niveau de consommation, de la circularité. Puis, il y a un troisième sujet qui n’est pas du tout abordé ici, qui est la question du vivant, de la biodiversité.

Et donc, depuis juillet 2020, l’équipe de la métropole de Lyon a fait le choix de dire qu’on veut accompagner la transformation du territoire. Et donc, ne pas imposer une lecture des choses qu’on pourrait avoir, et que j’ai, moi en tant que militant de politique, mais de dire: Voilà, là, on est en responsabilité sur un territoire. Un territoire qui a une chance, c’est qu’il a beaucoup de TPE, PME, PMI dans des secteurs d’activités diverses. Donc, ça veut dire aussi des habitantes et habitants qui travaillent dans des organisations très différentes dans la chimie, l’alimentaire, le textile, le bâtiment, les travaux publics, mais aussi dans les services supports.

Et donc, la première chose qu’on a posée, c’est dire, voilà, un outil pour accélérer la transformation, c’est d’accompagner le pivot des entreprises productives, de l’industrie. Alors qu’en général, quand on parle transition, transformation, on pense d’abord biodiversité, vivant, agriculture, eau. Et nous, on s’est dit, pour le coup, on va faire en même temps parce qu’on a besoin d’embarquer un maximum d’entreprises, d’organisations et derrière d’habitantes et d’habitants sur ce pivot à faire, donc sur l’évolution du mix énergétique, sur les questions d’efficacité et de sobriété énergétique, mais aussi sur la question du raccourcissement des chaînes de valeur à l’échelle européenne, française, régionale et territoriale, de se dire: On a collectivement intérêt à produire ici dans des conditions sociales et environnementales encadrées, connues, suivies et identifiées, à éco-concevoir ici, réparer ici, remanufacturer ici, rétrofiter ici. Il y a deux sujets.

La filière de l’énergie 

La question de l’énergie, c’est une vraie opportunité aussi au travail avec les entreprises.  On a toute une série de dispositifs pour regarder finement à l’échelle d’une entreprise, ce que tu consommes en quantité, mais aussi en qualité d’énergie, ce que tu fais dans ton bâtiment et ce que tu fais dans ton process productif. Et puis après, on regarde à l’échelle globale du territoire, ce qu’on peut produire comme ENR avec, par exemple, le club solaire et le réseau de chaleur. Et en même temps, ce qu’on peut décarboner à l’échelle de bassins de vie très industrialisés du type la Vallée de la Chimie, où là, on se met tous ensemble, y compris avec des donneurs d’ordres mondiaux, pour baisser les émissions de gaz à effet de serre sur ce segment-là du territoire.

La vallée de la chimie 

Comme d’autres gros sites industriels en fait, en France, ça ne suffirait pas de toute façon que la politique publique métropolitaine dise: On va baisser, on va mettre du foncier à dispo pour mutualiser. Il faut vraiment embarquer les gros donneurs d’ordres, un, sur le diagnostic, qui soit très transparent sur leur process productif, deux, sur les solutions. Et les solutions, ça passe, entre autres, par la mutualisation de process productifs. Et là, pour le coup, la puissance publique, que ce soit l’État ou la métropole, on est en capacité, en tout cas, on a la volonté, la métropole, de mettre à dispo du foncier pour mutualiser, de faciliter des sujets de circularisation de l’eau et de la chaleur, etc. Là, on met 1,9 million, donc c’est conséquent.

Une politique territoriale assez généralisée ? Des exceptions ? 

En fait, dit autrement, on est sur un territoire où il y a beaucoup de zones d’activité économique et de zones industrielles qu’on veut accompagner dans leur pivot. Donc, on a des outils d’éco-incitation, d’éco-investissement pour les PME, PMI, TPE, ETI, avec une vraie priorité, sur l’évolution du process productif. Donc, ça passe par des bilans carbone, l’analyse de cycle de vie, mais aussi de l’investissement pour transformer ton process productif en tant que dirigeante, en tant que dirigeant, jusqu’à des choses un peu plus globales du type inciter les acteurs à participer à la Convention des entreprises pour le climat, pour se former et être en capacité de faire pivoter son entreprise, donc se former autant sur ces sujets du vivant que ces sujets énergie et ressources.

Jusqu’à se dire: On a quand même besoin d’opérations symboliques sur des objets que vous et moi, on voit quand on traverse notre territoire qui est l’A7, la vallée de la Chine, où on a vraiment Total, Arkema, Daikin, KEM ONE, avec des gros opérateurs qui sont connectés au fleuve, mais qui ont des process productifs extrêmement émetteurs, essentiellement dû quand même à leurs approvisionnements. On est soit du fossile, soit du polymère.

Des opportunités économiques pour les entreprises ? 

Il y a une opportunité pour moi en deux phases.

Il y a mon opportunité, là, maintenant, tout de suite, à me mettre dans une niche et à vraiment avoir un avantage concurrentiel par rapport à d’autres opérateurs économiques qui seraient européens, asiatiques, américains. Et puis, il y a dans un second temps, ma responsabilité en tant qu’élu local, c’est quand même de sensibiliser et d’informer sur le risque des modèles économiques actuels qui reposent encore sur des approvisionnements mondiaux où n’est pas intégrée la réalité du coût environnemental des productions et de l’extraction, sur une énergie plus ou moins pas chère, décarbonée en France, mais qui peut bouger, et sur un coût social qui va forcément bouger.

Dans un second temps, il y a vraiment ce sujet. C’est pour ça que j’ai parlé de la Convention des entreprises pour le Climat, d’éveiller les dirigeantes et dirigeants au fait que le modèle économique actuel de leur boîte peut basculer, ou en tout cas, comprend des zones de risque à horizon trois ans, six ans, neuf ans et qu’on est là pour les accompagner. Pour les accompagner, pour certains plutôt à circulariser leur process, donc aller vraiment sur l’économie circulaire.
Pour d’autres, à vraiment substituer des énergies, donc tout simplement à produire l’ENR, y compris en collectif. Et pour d’autres, se poser la question de certaines ressources du type l’eau. Là, pour le coup, on est sur un territoire où on a un vrai sujet eau-pollution, mais aussi raréfaction. Et donc, anticiper et faire muter leur process de production. Et puis, pour d’autres, il y a un sujet investisseur, c’est-à-dire aller chercher des investisseurs qui soutiennent la décarbonation et pas des investisseurs qui ne regardent que la rentabilité à très court terme.

Une rentabilité à moyen terme

Il y a vraiment eu un gros chemin de fait, en 10 ans, même en 5 ans, même en 3 ans. On est dans ce moment où on doit tenir les deux bouts, c’est-à-dire, prendre toutes les solutions qui existent là maintenant et en même temps, pensez moyen terme et pensez vraiment pivot de votre modèle économique. On a la chance d’être en Europe avec la directrice CSRD, par exemple, on a la chance aussi d’être sur un territoire où on a des éco-incitations. Donc, en emboîtant les deux, on devrait pouvoir faire pivoter les organisations et les entreprises pour arriver à opérer vraiment les deux sujets, le climat et l’énergie.

Et derrière, on a en jeu la réalité de vie d’hommes et de femmes qui ont besoin d’avoir un emploi et de travailler, d’y trouver du sens et de l’impact, et la réalité d’hommes et de femmes et foyers qui ont besoin aussi d’avoir des biens du quotidien qui soient accessible en termes de pouvoir d’achat, qui soit réparable, transformable, etc. Il ne faut jamais oublier cela.

Le secteur de l’énergie, une aubaine pour les emplois ? 

Globalement, le secteur de l’industrie dans lequel on retrouve les énergéticiens, que ce soit fabricant ou distributeur, de toute façon, le secteur du productif sur notre territoire crée des emplois tous les ans. Ça traduit un dynamisme du territoire qui n’est pas qu’à imputer aux politiques publiques de la métropole de Lyon. Ça veut juste dire qu’on a les bons laboratoires de recherche, les bonnes écoles d’ingénieurs, mais aussi les bons Greta et AFPA, mais aussi qu’on un territoire vif en termes de création d’entreprises.

Il y a près de 30 000 entreprises qui sont créées tous les ans. Et puis les investisseurs, le pool bancaire qui suit, ça dépend des moments, mais qui suit. Moi, j’insiste sur le fait que, collectivement, on porte la responsabilité d’un récit positif sur ce qui est devant nous, mais sur le chemin qu’on a fait et qu’on fait ensemble. C’est-à-dire qu’un habitant, il est consommateur, il peut être entrepreneur, il peut être salarié, il peut être prescripteur, il peut être enseignant, conseiller d’insertion professionnelle. Et donc, effectivement, dire: Le secteur des énergies, que ce soit de la réhabilitation, de la rénovation, de la production d’ENR, mais aussi l’électricité et la distribution, tout ça, c’est des filières dont on a besoin maintenant. Il y a des emplois maintenant, donc ne pas hésiter à y aller parce que ça impactera maintenant les solutions pour tenir les accords de Paris.

Le rôle de l’UE dans le développement des énergies renouvelable 

L’union européenne a un rôle essentiel parce que c’est globalement elle qui définit les cadres environnementaux et sociaux avec lequel va jouer l’ensemble des acteurs socioéconomiques. Donc, c’est essentiel que l’Europe donne ce cadre de préservation des ressources, préservation du vivant. Et en même temps, on sait très bien que notre modèle social en France est adossé à la contribution qu’apportent les entreprises. C’est-à-dire qu’on n’est pas dans une économie administrée, ni à l’échelle française, ni à l’échelle européenne.

Donc, l’Europe a besoin de réguler et d’inciter, les grands donneurs d’ordres et les petites organisations. Ce n’est pas la même chose quand on parle à un groupe mondial type Total, qui peut se permettre d’avoir des logiques de défiscalisation, etc. Et quand on parle à une PME, PMI, ETI sur un territoire. La PME, elle ne va pas tout de suite passer à la CSRD. Donc le rôle de l’Europe, c’est de dire au gros donneurs d’ordres: De toute façon, vous devez émettre ces notes extra financières et demain, ce qu’il faut, c’est que la rémunération des dirigeants et des actionnaires soit calée là-dessus. Là, on n’y est pas encore.

Et puis, l’Union européenne, porte un message clair aussi, sur la question de raccourcir les chaînes de valeur et d’inciter, de donner toutes les conditions pour inciter à acheter européen, français, régional. Donc, on a tout un débat sur ce qu’on pourrait appeler une forme de protectionnisme européen avec la taxe carbone et le fait de vraiment, dans le signal prix, intégrer l’impact aussi des productions en positif ou en négatif. Je donne un cas d’usage en France. On n’a pas encore une TVA qui est adaptée pour inciter à circulariser les process de production. Si vous achetez quelque chose qui est réparable, dont les pièces détachées sont disponibles tout de suite, voire même quelque chose qui a déjà été réparé, vous le payez aussi cher que quelque chose de neuf qui a été,  mais fabriqué en Asie.

Cette incitation, il faut qu’elle soit mise en place. Et pour le coup, ça pourrait découler de directives européennes. Donc oui, dans le cadre européen, parce qu’il permet de protéger les hommes et les femmes, nos modèles sociaux, à l’échelle de l’européenne et aussi l’environnement. Après, il y a un sujet sur la place de l’Europe dans le monde, sa capacité à entraîner le bloc Asie-Russie et un bloc américain. Et là, c’est ce qu’on s’est partagé ce matin avec François Gemenne. Les scènes des cops ne sont pas suffisantes pour faire bouger les lignes, les règles de l’OMC.

Articles connexes