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Interview de Cécile de Saint Michel, Présidente du Conseil National de l’Ordre des Experts-Comptables

par Yann Azran

Cécile de Saint Michel, Présidente du Conseil National de l’Ordre des Experts-Comptables, aborde les évolutions dans la mission des experts-comptables et la question de la durabilité, de plus en plus essentielle dans l’accompagnement des entreprises, notamment avec la transposition en France de la CSRD.

Quelle est la mission initiale des experts-comptables?

Les experts-comptables interviennent auprès de 4 millions d’entreprises en France, auprès des TPE et des PME essentiellement. Nous les accompagnons dans leur comptabilité mais également dans la gestion de leur entreprise. En fait, nous sommes les copilotes des chefs d’entreprise des TPE, PME.

Comment cette mission est-elle en train d’évoluer?

On a aujourd’hui un changement au niveau des cabinets d’expertise comptable par la numérisation de l’économie et donc l’automatisation de toute une partie de la comptabilité. Ainsi, toute cette partie de saisie comptable va être automatisée, ce qui fait que dans les cabinets d’expertise comptable, nos missions vont complètement changer.

Et par le biais de la facture électronique, on va pouvoir récupérer des données puisque la facture électronique, c’est un ensemble de données, on va récupérer des données qui ne seront pas essentiellement financières. Il y aura d’autres données que les données financières.

La CSRD

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est une directive qui vient de l’Europe, qui a été transposée pendant toute l’année 2023 en France et qui est aujourd’hui applicable depuis le 1ᵉʳ janvier 2024. Elle ne concerne que les données de durabilité.

La CSRD remplace la NFRD qui est une ancienne directive européenne et qui déjà traitait des données extra financières. Mais uniquement pour des entreprises d’une certaine taille, c’est-à-dire qu’elle concernait les grandes entreprises. Aujourd’hui, on a la CSRD complète les lacunes de la NFRD, car elle va concerner plus d’entreprises. Donc, elle va concerner 50 000 entreprises en Europe, dont 7000 en France, alors que la NFRD concernait à peu près 11 000 entreprises en Europe. 

Cette CSRD va imposer à des entreprises d’une certaine taille – donc 500 salarié dans un premier temps, 250 après – d’établir un rapport de durabilité. Mais ce rapport de durabilité ne concernera pas que les données extra financières de cette entreprise, mais va concerner les données de toute la chaîne de valeur de l’entreprise. Ce qui veut dire que par capillarité, on va descendre jusqu’à la TPE. Et c’est ici que les experts-comptables rentrent en jeu parce qu’on va être aux côtés des chefs d’entreprise pour pouvoir remonter des données de leur entreprise sur les entreprises au-dessus, c’est-à-dire leurs donneurs d’ordre, qui vont demander certaines données extra financières.

Un enjeu pour les TPE PME

Il faut savoir que ce rapport de durabilité qui va être établi par l’entreprise va être audité par un commissaire aux comptes, qui va devoir donner une assurance sur ce rapport, sur toutes ces données qui vont être mentionnées dans le rapport. Donc, il faut que les entreprises, les TPE et donc les experts-comptables, remontent des données aux grandes entreprises avec une certaine assurance pour qu’elles puissent les intégrer dans leurs rapports et qu’elles soient certifié par un commissaire aux comptes. Donc c’est un véritable enjeu pour notre profession, les experts-comptables, parce qu’on a un vrai rôle à jouer, parce que nos clients, les chefs d’entreprise de TPE, PME, ont besoin de nous toute la partie financière, mais maintenant également pour la partie extra financière.

Ils comptent complètement sur nous pour que l’on puisse remplir ces obligations. Parce que la conséquence d’une entreprise qui ne remonterait pas à ces données, c’est de perdre un marché, de perdre un client, donc de perdre en activité. Il faut remonter ces données du fait que le donneur d’ordre au-dessus d’eux en aura besoin. S’ils les fournissent pas, ils travailleront plus avec. Donc là, il y a un véritable enjeu commercial pour toutes les TPE, PME.

On s’adresse à toute l’économie du pays par capillarité. Et c’est là que l’ordre a un rôle majeur aussi à jouer. C’est que quand on s’adresse à toute l’économie d’un pays, qu’on s’adresse à des TPE, PME qui n’ont pas des moyens extensibles, on ne peut pas non plus leur demander de remonter des données qui sont insupportables pour elles, parce que ça demanderait trop de temps pour les trouver, pour les collecter. Et donc du coup, il faut que l’Ordre soit présent sur toute cette partie durabilité. Parce que encore une fois, les TPE, PME, n’ont pas de département RSE, de département comptabilité.

Les experts-comptables formés à la durabilité

Dès que je suis arrivée à la gouvernance de l’Ordre en 2022, j’ai mis un secteur complet sur la durabilité, car c’est un enjeu important pour les entreprises, pour les experts-comptables, socialement et environnementalement, c’est un enjeu très important pour notre économie.

Pour pouvoir accompagner les entreprises dans ce nouveau domaine qu’est la durabilité, il faut que l’on se forme. L’Ordre met donc en place un programme de formation pour les experts-comptables, pour qu’ils se forment sur la durabilité et pour les collaborateurs, sur toute la partie durabilité, extra-financier.

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