Chaque année depuis quinze ans, le rapport Banking on Climate Chaos analyse les liens qu’entretiennent les soixante plus grandes banques mondiales avec les industries liées aux énergies fossiles. Réalisée par 8 organisations dont Reclaim Finance, Rainforest Action Network, ReCommon et Banktrack avec le soutien des Amis de la Terre France, cette grande étude soulignait l’an passé combien -malgré l’urgence climatique et leurs propres engagements- ces liens se poursuivaient, voire même se renforçaient. Qu’en est-il pour cette quinzième édition? Pour apporter sa réponse, l’étude a pour la première fois couvert un périmètre plus large en incluant l’ensemble de la chaîne de valeur. Soit 4 200 entreprises actives dans le charbon métallurgique, le gaz naturel liquéfié (GNL), l’extraction, le transport et la production d’électricité à partir d’énergies fossiles. Un large panel donc, qui vient confirmer peu ou prou la situation dénoncée ces dernières années.
Les banques américaines sont particulièrement généreuses
«Alors que les banques françaises ont baissé leurs financements aux développeurs fossiles en 2023, Reclaim Finance et les Amis de la Terre France appellent BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et BPCE à définitivement cesser tout soutien à l’expansion des énergies fossiles et à augmenter massivement leurs soutiens à l’approvisionnement en énergies soutenables.», écrivent les auteurs du rapport qui précisent aussi que «depuis l’Accord de Paris fin 2015, les 60 plus grandes banques mondiales ont accordé 6 896 milliards de dollars aux énergies fossiles.» Sans surprise, les plus généreuses se trouvent aux Etats-Unis (31% des financements accordés au secteur). Soit plus de deux fois plus que les banques chinoises (15%) et canadiennes (13%). Les établissements français, eux, paraissent plus engagés dans la transition avec 7% de financements à ces énergies polluantes depuis 2016.
La France aussi…
Alors pourquoi cet appel aux quatre groupes français qu’on vient de citer? «Alors que les banques françaises se sont engagées à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 suivant une trajectoire 1,5°C en rejoignant la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ) en 2021, elles ont accordé entre 2021 et 2023 67 milliards à l’expansion des énergies fossiles. Un soutien qui provient à 99% de quatre banques: BNP Paribas (23,9 milliards de dollars), Crédit Agricole (17 milliards), Société Générale (15,6 milliards) et Banque Populaire Caisse d’Epargne (9,7 milliards).» Tandis qu’elles se sont éloignées du charbon, celles-ci «continuent de financer largement le secteur pétrolier et gazier avec 57,6 milliards de dollars accordés à son expansion entre 2021 et 2023.» Conséquence: selon le rapport, la France serait «le deuxième plus gros pays à soutenir ces entreprises en dépit de leur stratégie d’expansion dans les énergies fossiles.»
«Si la baisse des financements de BNP Paribas aux majors est bienvenue, elle doit impérativement se traduire dans un engagement ferme à cesser de soutenir toute expansion du pétrole et gaz.»
Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre France
BNP Paribas a baissé singulièrement ses financements
Mais Bank on Climate Chance adresse aussi un satisfecit à nos banques hexagonales. Incontestablement, les choses se sont un peu améliorées. Chez BNP Paribas, notamment. «En 2023, une des évolutions notables est la réduction des financements des banques françaises à ces entreprises. Si ces dernières ont demandé moins de financements, elles se sont aussi globalement tenues à l’écart de plusieurs transactions, notamment au deuxième semestre. Ce comportement tranche avec les financements passés, particulièrement pour BNP Paribas, traditionnellement en tête des banques derrière ces entreprises. La banque passe ainsi de la 3e place en 2021 à la 9e en 2023.»
Une bonne nouvelle? Certes. Toutefois, Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre France, pose un bémol: «Si la baisse des financements de BNP Paribas aux majors est bienvenue, elle doit impérativement se traduire dans un engagement ferme à cesser de soutenir toute expansion du pétrole et gaz. Mais en l’absence d’une politique couvrant tous les services financiers à l’expansion, BNP Paribas campe sur une logique de choix au cas par cas, et laisse ainsi la porte ouverte à de nouvelles transactions toxiques et contraires à ses propres promesses, comme en atteste son financement de 2023 à Eni.»