Lors du World Impact Summit, Margherita Alessandrini, directrice déléguée de l’association Les Boîtes à Vélo France et directrice du programme Cyclo-cargologie, est revenue sur les leviers qui permettent d’accélérer le développement de la cyclologistique en France. Entre efficacité opérationnelle, structuration de filière et réponse aux défis du dernier kilomètre, elle défend une vision pragmatique et économique du vélo-cargo comme solution d’avenir.
La cyclologistique, réponse concrète à l’explosion du dernier kilomètre
Dans des centres-villes déjà congestionnés, les volumes de livraison continuent d’augmenter fortement, portés par la croissance du e-commerce (+20 à +25 % pendant la crise sanitaire et encore +4 % au premier semestre 2025).
Le nombre de colis distribués en France est ainsi passé de 1,1 milliard à 1,74 milliard par an entre 2017 et 2024.
Face à cette pression logistique, la question n’est plus seulement environnementale : elle est aussi organisationnelle et économique. « Le cycle logistique, c’est milieu urbain, milieu urbain dense », rappelle Margherita Alessandrini. Là où les véhicules motorisés, thermiques ou électriques, se heurtent aux embouteillages et aux difficultés de stationnement, le vélo-cargo se révèle plus agile.
Les chiffres confirment cette performance : le vélo-cargo est en moyenne 60 % plus rapide que la voiture en ville et « entre 1,5 et 2 fois plus rapide qu’un véhicule en centre-ville dense »
À charge égale, il est également environ deux fois moins émetteur de polluants qu’un véhicule utilitaire léger.
Structurer une filière en pleine croissance
Créée en 2019, l’association Les Boîtes à Vélo accompagne l’essor des entreprises à vélo à travers des formations, des guides et des études.
Elle fédère aujourd’hui plus de 350 structures adhérentes, 14 associations locales et une fédération professionnelle de cyclologistique.
En France, la filière représente désormais plus de 3 400 vélos-cargos professionnels en exploitation, répartis dans 74 villes, sur 266 sites, pour 205 opérateurs.
Selon Margherita Alessandrini, « on compte environ 200 entreprises opérant dans 74 villes, avec un développement particulièrement marqué pendant les années Covid ».
Après une phase de forte croissance, le secteur atteint aujourd’hui un palier. D’où l’importance du programme Cyclo-cargologie (2023–2026), porté par l’association Les boîtes à Vélo, pour accélérer et consolider la dynamique.
Cyclo-cargologie : sensibiliser, former, accompagner
Margherita Alessandrini explique que le programme Cyclo-cargologie repose sur trois piliers :
Le premier est un volet de sensibilisation et de communication : production d’études, présence sur des salons comme le World Impact Summit, mise en visibilité des solutions concrètes.
L’objectif est clair : faire connaître la cyclologistique et « reculturer » les acteurs économiques à cette alternative.
Le deuxième pilier concerne la formation. Il s’agit de structurer les métiers de la filière : prise en main des vélos-cargos, gestion des chargements, organisation des tournées, dispatch, management d’unités de cyclologistique.
L’enjeu est de professionnaliser un secteur encore jeune et d’en sécuriser les modèles économiques.
Enfin, le troisième volet consiste en un accompagnement au test, suivi d’un bilan. Les entreprises peuvent expérimenter la solution avec un suivi professionnel afin d’évaluer son adéquation à leur organisation et d’identifier les ajustements nécessaires.
Un modèle économiquement pertinent
Contrairement à une idée reçue, la cyclologistique ne relève pas uniquement d’une démarche d’image ou de responsabilité sociétale. « Tous les retours d’expérience nous parlent d’efficacité opérationnelle », souligne Margherita Alessandrini.
Le premier avantage tient au coût d’investissement : un vélo-cargo est nettement moins cher qu’un utilitaire électrique léger.
Le second est organisationnel : en ville dense, la rapidité accrue permet d’optimiser les tournées. Le modèle repose sur des hubs logistiques de proximité et des « tournées en pétales », avec des allers-retours fréquents et des chargements optimisés.
Au World Impact Summit, l’association mettait également en avant des acteurs de la filière comme Carlacargo (remorques à trois roues), Kleuster (vélos-cargos utilitaires à assistance électrique), ou encore Sofrigam, Big Bikes Consulting et Fludis.
Autant d’exemples illustrant une filière créatrice d’emplois non délocalisables et ancrée dans les territoires.
Une solution appelée à devenir incontournable
Pour Margherita Alessandrini, la cyclologistique a dépassé le stade de l’expérimentation. « Le cycle logistique, c’est milieu urbain dense » rappelle-t-elle.
Dans ces environnements saturés, le vélo-cargo n’est pas seulement une alternative écologique, mais une réponse opérationnelle aux contraintes quotidiennes de circulation et de livraison.
Les retours du terrain sont sans équivoque : « Tous les retours d’expérience qu’on a sont… sur l’efficacité opérationnelle de la solution »
Si la décarbonation peut s’inscrire dans une politique RSE, la décision de passer à la cyclologistique repose d’abord sur des critères économiques et d’efficacité.
Margherita Alessandrini insiste également sur la nécessité d’un travail de fond pour faire évoluer les pratiques : « Il y a vraiment un gros travail à faire de connaissances et de reculturation sur les sujets »
D’où l’importance des actions de sensibilisation et de formation menées dans le cadre du programme Cyclo-cargologie.
Au-delà de l’image, c’est donc un modèle économique qui se structure. Entre matériel moins coûteux, tournées optimisées et rapidité accrue en centre-ville, la filière gagne en maturité « On va avoir des entreprises qui sont matures et qui commencent à se stabiliser en termes de modèles économiques ».
Dans un contexte où les volumes de colis explosent et où la logistique du dernier kilomètre devient stratégique, la cyclologistique apparaît ainsi comme une réponse concrète, structurée et appelée à se généraliser.