Éric Coquerel sur le rôle budgétaire de l’État face à l’urgence écologique au WIS 2026

Par Alycia Sallez
4 minutes de lecture

Lors du World Impact Summit, Éric Coquerel, Président de la Commission des finances à l’Assemblée nationale, est revenu sur le rôle budgétaire de l’État face à l’urgence écologique. Dans un contexte de tensions sur les finances publiques et d’instabilité politique autour des lois de finances, il défend une ligne claire : la transition écologique ne pourra se faire sans un choix budgétaire assumé. 

Un contre-pouvoir budgétaire au service du climat

Le président de la Commission des finances rappelle d’abord la singularité de sa fonction : il est obligatoirement issu de l’opposition. La commission ne se contente pas de préparer et de voter le budget, elle en contrôle aussi l’application.

Dans ce cadre, les enjeux environnementaux devraient être centraux. « La question environnementale, la question climatique, la question de la biodiversité est, évidemment, normalement centrale. Et donc j’essaye d’apporter mon lot à cette question ».

Écologie et économie : une fausse opposition

Face à l’idée selon laquelle performance économique et exigences écologiques seraient incompatibles, Éric Coquerel tranche : « pour moi, il n’y a pas de contradiction ».

Il alerte sur le coût croissant du dérèglement climatique : d’ici 2050, l’inaction pourrait peser environ 11 points de PIB par an, soit plus de 300 milliards d’euros.

Autrement dit, différer l’effort reviendrait à en payer le prix plus tard, à une échelle bien plus lourde. Le choix serait donc simple : engager la transformation dès maintenant ou subir un choc économique majeur.

Pour lui, la relance économique et la transition écologique doivent être pensées ensemble. L’investissement public, loin d’être un frein, serait un moteur d’activité et de résilience.

Investir pour créer de l’emploi

Pour Éric Coquerel, la transition écologique doit être envisagée comme une stratégie de développement. Investir dans les énergies renouvelables, l’isolation thermique ou les transports ferroviaires crée de l’emploi.

Il cite également l’économie maritime, soulignant que la France dispose du deuxième espace maritime mondial. La décarbonation des transports maritimes ou encore la transformation écologique des ports représenteraient, selon lui, un nombre important d’emplois créés.

Même logique pour l’agriculture : réorienter le modèle productif pourrait, d’après lui, générer 300 000 emplois.

Au cœur de cette stratégie, l’État doit jouer un rôle moteur. Le mot d’ordre est répété : « il faut investir, il faut investir, il faut investir ».

Des annonces jugées insuffisantes

Interrogé sur le bilan des dernières années, Éric Coquerel estime que les annonces gouvernementales ne sont pas suivies d’effets. Il cite notamment un « pacte 100 milliards pour le train » annoncé mais, selon lui, non concrétisé.

Pour lui, ces écarts entre communication politique et mise en œuvre budgétaire fragilisent la crédibilité de l’action publique. Les investissements nécessaires à la modernisation des infrastructures ferroviaires, pourtant considérées comme écologiquement responsables, tarderaient à se concrétiser.

Sur le mix énergétique, il critique la relance du nucléaire et juge que les moyens consacrés aux renouvelables restent insuffisants. Il appelle à un débat démocratique sur l’avenir énergétique du pays.

Planification, financement et protection

Pour les prochaines années, Éric Coquerel plaide pour une rupture avec le modèle actuel fondé sur le libre-échange et la croissance productiviste.

Sa feuille de route repose sur trois axes :

  1. Une planification écologique, avec une « règle verte » : ne pas produire ni consommer plus que ce que la Terre peut absorber.
  2. Un investissement massif, financé en revenant sur des cadeaux fiscaux accordés aux plus riches et aux grandes entreprises.
  3. Une protection de l’économie nationale, afin d’éviter des distorsions, notamment en matière agricole.

Il estime possible de récupérer jusqu’à 180 milliards d’euros par an pour financer notamment 150 milliards d’euros pour l’investissements écologiques .

La transition comme choix budgétaire structurant

Au World Impact Summit, Éric Coquerel présente la transition écologique comme un choix budgétaire structurant. Au-delà des débats techniques, c’est une orientation politique globale qu’il appelle de ses vœux : redéfinir les priorités de la dépense publique et conditionner les aides économiques aux objectifs climatiques.

Pour lui, l’urgence climatique impose d’arbitrer clairement. La transition ne serait pas seulement une contrainte environnementale, mais une transformation économique profonde, rendue possible par une planification assumée et des investissements à la hauteur des enjeux.

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