Culture: Comment concilier enjeux RSE et création artistique ?

Par Laurent F.
3 minutes de lecture

Perçu comme un vaste espace de liberté, de créativité et d’engagement, le secteur culturel doit aujourd’hui faire face aux grands défis posés par la RSE. Dans cet univers forcément atypique, se posent en effet des questions liées à la QVCT, et bien souvent, à une gouvernance à revoir en profondeur. Mais pas seulement…

C’est un fait largement observé et vérifié: le secteur culturel repose très majoritairement sur des petites structures, des associations ou des établissements publics de taille modeste qui emploient peu de salariés permanents. Pour preuve, selon les données de la branche du spectacle vivant, plus de 90% de ces structures ne disposent pas de comité social et économique, faute d’atteindre les seuils légaux. À cela vient s’ajouter une organisation du travail atypique, faite de contrats courts, d’intermittence, de périodes d’activité intense suivies de temps creux, d’horaires décalés et d’une forte porosité entre vie professionnelle et vie personnelle. C’est ainsi que la RSE offre un cadre particulièrement pertinent pour repenser aujourd’hui les pratiques du secteur. A condition, bien évidemment, de s’adapter à ses grandes spécificités.

Conditions de travail et santé mentale au cœur des défis

Ainsi, la QVCT apparaît comme un levier central de cette nécessaire transformation du secteur culturel. Plusieurs institutions ont d’ailleurs engagé des  actions en ce sens. Comme l’Opéra de Lyon qui a mis en place (dès la fin des années 2010) un travail approfondi sur la prévention des risques psychosociaux en associant musiciens, techniciens, encadrement et représentants syndicaux. Une démarche qui a permis de faire évoluer certaines pratiques managériales et d’améliorer la prise en compte de la charge de travail, notamment lors des périodes de création intense. De même, dans le spectacle vivant et les festivals, la question de la santé mentale et des violences au travail est devenue là aussi un sujet incontournable. Le Festival d’Avignon a ainsi adopté une charte de prévention et de lutte contre les violences et le harcèlement sexiste et sexuel, assortie de dispositifs de signalement. Une initiative reprise ou adaptée par de nombreuses manifestations culturelles.

Dialogue social et nouvelles gouvernances sont nécessaires

Le dialogue social constitue un autre pilier essentiel, souvent fragilisé par la fragmentation des statuts et cette faiblesse des effectifs que l’on vient d’évoquer. Au-delà, certaines structures expérimentent des modes de gouvernance plus participatifs. Du côté des tiers-lieux culturels ou des scènes associatives, des modèles coopératifs (ou collégiaux) émergent, associant salariés, artistes et parfois public. Ces expériences, bien que minoritaires, viennent donc interroger les formes classiques de management. De quoi alimenter sérieusement les réflexions sur la gouvernance responsable.

Un ancrage territorial de plus en plus essentiel

Enfin, autre levier majeur : la dimension territoriale. Ainsi, de nombreuses structures culturelles inscrivent leur action dans des partenariats avec les collectivités, l’économie sociale et solidaire ou/et le secteur éducatif. Cette logique d’ancrage territorial, au cœur des démarches RSE, permet de renforcer l’utilité sociale des projets culturels et favorise l’inclusion, l’accès à la culture et la diversité des publics. Pas de doute, le secteur culturel se trouve à la croisée des chemins. Et dispose d’un formidable potentiel d’innovation sociale. Reste à orchestrer la transformation profonde de ses pratiques sociales sans jamais renoncer à l’exigence artistique.

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