Interview exclusive — Agnès Pannier-Runacher sur la transition énergetique au WIS 2026

Par Alycia Sallez
4 minutes de lecture

Lors du World Impact Summit, Agnès Pannier-Runacher, députée du Pas-de-Calais et ancienne ministre à plusieurs reprises, est revenue sur les leviers qui ont permis d’accélérer la transition énergétique en France. Entre souveraineté, compétitivité industrielle et santé publique, Agnès Pannier-Runacher défend une vision offensive de l’action politique.

Réduire la dépendance aux énergies fossiles : une ligne claire

« Élisabeth Borne et moi, nous avions un but qui était de diminuer notre dépendance aux énergies fossiles », rappelle-t-elle. Aujourd’hui encore, 60 % du mix énergétique français repose sur le pétrole et le gaz naturel, largement importés. Une situation problématique à la fois pour le dérèglement climatique, pour la balance commerciale et pour l’emploi.

La France bénéficie toutefois d’un atout majeur : un mix électrique parmi les plus décarbonés d’Europe, grâce au nucléaire et aux renouvelables. Contrairement à une idée reçue, ces deux piliers ne s’opposent pas. « Ce qui est très paradoxal, c’est que nous sommes, et le champion du nucléaire, et plutôt pas mauvais du tout en renouvelables », souligne-t-elle.

Pour avancer, l’action s’est structurée à trois niveaux : européen, national et local.

L’Europe comme terrain de bataille

Face à ceux qui estiment que la France subirait les décisions européennes, Agnès Pannier-Runacher assume une stratégie de rapport de force. La reconnaissance du nucléaire comme énergie indispensable à la transition énergétique ne s’est pas faite spontanément : « Ça m’a pris quatre ans de négociations têtues et déterminées ».

La clé, selon elle : créer des alliances et défendre activement les intérêts nationaux dans les négociations à 27.

Planifier au niveau national, débloquer au niveau local

Au niveau national, la planification écologique a donné une direction claire aux entreprises et aux collectivités. Mais c’est au niveau local que l’ancienne ministre revendique une méthode originale : une visioconférence mensuelle ouverte à l’ensemble des maires de France, réunissant entre 800 et 1 200 participants.

L’objectif : identifier les blocages très concrets – autorisations, jurisprudence, contraintes réglementaires – et créer une communauté de projet. « Quand on est dans une communauté, les obstacles sont plus faciles à franchir ».

Véhicule électrique : un choix climatique et industriel

Sur le véhicule électrique, la position est sans ambiguïté : « Il n’y a pas de doute sur le fait qu’un véhicule électrique émet, sur l’ensemble de son cycle de vie, beaucoup moins de CO₂ qu’un véhicule thermique ». Un avantage renforcé en France, où l’électricité est décarbonée à 95 %.

Face aux critiques sur la concurrence chinoise, elle distingue motorisation et compétitivité industrielle. Les difficultés françaises relèvent davantage des coûts, de la productivité et de la formation que de l’électrification en elle-même.

Surtout, la France a bâti une vallée européenne de la batterie électrique dans le Nord avec deux usines en activité.  Résultat : la part de marché des véhicules électriques fabriqués en France dépasse désormais celle des véhicules thermiques produits sur le territoire.

L’introduction de l’éco-score, conditionnant bonus et leasing social, a également favorisé les modèles européens en intégrant l’empreinte carbone de production.

Flottes d’entreprise : un moment de transition

Interrogée sur le sentiment d’instabilité réglementaire exprimé par de nombreux gestionnaires de flotte, la députée reconnaît une période de transition : « On passe d’un état stable A, où tout le
monde connaît les règles, à un état stable B, où tout le monde connaîtra les règles et tout le monde
sera habitué. ». Les normes évoluent, les technologies s’améliorent, et des ajustements sont inévitables.

Cependant, elle insiste sur l’argument économique : en coût complet, le véhicule électrique est désormais plus compétitif qu’un thermique, notamment grâce à des coûts d’entretien et d’énergie plus faibles. À cela s’ajoute un avantage stratégique : l’électricité est produite en France, contrairement au pétrole.

ZFE : une question de santé publique

Concernant les Zones à Faibles Émissions (ZFE), sujet politiquement sensible, elle rappelle qu’elles sont toujours en vigueur. Pour elle, l’enjeu dépasse l’écologie : il s’agit de santé publique.

Les ZFE ont permis une baisse de 30 % des polluants.

Pourtant, les niveaux de pollution restent quatre fois supérieurs aux recommandations de l’OMS. « C’est vraiment la question de la santé et souvent la santé des enfants. », s’inquiète la députée.

Une transition comme levier d’opportunité

Au-delà des contraintes, Agnès Pannier-Runacher défend une lecture stratégique de la transition énergétique. Réindustrialisation, souveraineté énergétique, innovation, santé publique : les bénéfices dépassent la seule réduction des émissions.

Son message aux acteurs économiques est clair : la transition n’est pas un frein, mais un terrain d’opportunités, à condition d’investir, de planifier et de tenir le cap.

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