Après plusieurs années d’incitations fiscales, d’effets d’annonce et de politiques de verdissement accélérées, les flottes d’ entreprises entrent désormais dans une phase plus complexe: celle de la consolidation et des arbitrages. Sans jamais oublier l’indispensable pédagogie, évidemment.
Entre les problématiques liés aux ZFE (et au flou quant à leur devenir), le durcissement de la fiscalité sur les véhicules thermiques, les obligations de verdissement des parcs et la montée en puissance de la CSRD, les flottes ne relèvent plus uniquement des achats ou de la « simple » exploitation, mais sont devenus absolument stratégiques. Et forcément scrutées par les différentes directions, que celles-ci soient financières, RSE ou juridiques. Voire même, parfois, par les investisseurs…
Des cartographies souvent trop floues
Certes, dans les grandes entreprises l’électrification est déjà largement engagée. Les véhicules de fonction et les flottes commerciales affichent des taux d’électrification élevés, quand bien même ceux-ci peuvent-ils -dans bien des cas- paraître encore insuffisants face aux objectifs fixés par la réglementation. D’autant que ces chiffres masquent une réalité plus contrastée. Derrière les indicateurs, les usages restent souvent mal cartographiés, provoquant de fait contre-performances et ralentissements. En cause notamment, des véhicules électriques affectés à des collaborateurs dont les contraintes opérationnelles rendent l’autonomie difficilement compatible, tandis que certains usages parfaitement électrifiables continuent d’être couverts par des motorisations thermiques tout à fait dispensables.
Prendre en compte les réalités du quotidien
Bref, l’erreur stratégique la plus fréquente consisterait à électrifier massivement sans avoir d’abord redéfini les besoins de mobilité eux-mêmes. Car, rendons -nous à l’évidence : pour fixer les priorités et optimiser sa transition, la question centrale n’est plus tant « électrique ou thermique » que « Quel usage, à quel coût, et avec quel niveau de contrainte opérationnelle ? ». Une approche qui suppose (en amont) une analyse fine des déplacements, de la variabilité et de la fréquence des trajets, des temps d’immobilisation des véhicules et de leur accès réel à la recharge.
Le calcul du coût global est désormais nécessaire
Bien entendu, le raisonnement par TCO demeure incontournable, mais il est devenu insuffisant. L’investissement dans les infrastructures de recharge, les travaux de raccordement électrique, l’accompagnement des collaborateurs et la complexité accrue de la gestion énergétique modifient forcément (et profondément) l’équation financière. Résultat, les entreprises les plus avancées sur le sujet raisonnent désormais en coût global de mobilité, intégrant donc ces dimensions longtemps périphériques mais désormais centrales. Par exemple, le besoin d’installer des bornes de recharge sur site tient, bien sûr, de l’évidence, mais reste à déterminer (en amont) comment celles-ci doivent être dimensionnées, pilotées et intégrées dans la stratégie énergétique globale. Ainsi, la flotte devient-elle un point de tension entre performance opérationnelle et résilience énergétique.
Un projet technique, mais pas seulement…
Enfin, l’électrification des flottes d’entreprises révèle une dimension trop souvent sous-estimée : la transformation culturelle. En adoptant l’électrique, la relation au véhicule change, tout comme la perception de l’autonomie, du temps et de la planification. On le sait depuis longtemps, et c’est plus vrai que jamais : les organisations réussissant leur transition sont celles qui ont investi dans l’accompagnement, la formation et la pédagogie, non comme un « truc en plus », mais comme un levier de performance durable. Car, l’électrification des flottes n’est pas qu’un projet technique, un projet de transformation de l’entreprise également.