Matthieu Belloir: «L’heure est venue de ré-enchanter la RSE!»

Par Laurent F.
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Matthieu Belloir

Ancien Directeur RSE du groupe Orange, Matthieu Belloir dirige aujourd’hui Conciliances, un cabinet de conseils en RSE. Il est aussi le Vice-Président du fonds de dotation «Entrepreneurs pour le climat».

Pouvez-vous nous résumer votre parcours?

Matthieu Belloir: «Je dirige actuellement Conciliances, cabinet de conseil en RSE et communication que j’ai fondé en 2021. Avant cela, j’ai été Directeur de la RSE du groupe Orange, après avoir piloté la communication et la RSE d’Orange en Afrique et au Moyen-Orient. J’ai aussi occupé plusieurs postes de cadre dirigeant chez Orange, Intermarché et Pierre Fabre, dans les domaines de la communication, de la compliance et de la RSE, ainsi que des fonctions de Directeur de cabinet et de Secrétaire Général. Docteur en communication et titulaire d’un DEA de droit social, je suis par ailleurs Vice-Président du Fonds de dotation «Entrepreneurs pour le climat», mais aussi médiateur interentreprises. Et j’ai présidé pendant 3 ans la Médiation des communications électroniques en France.»

Qu’est-ce qui vous a décidé à créer Conciliances ?

Matthieu Belloir: «Après un long parcours dans de grands groupes internationaux, j’ai eu à cœur de mettre mes expériences pratiques de la RSE et de la communication au service des entreprises à l’heure où l’ESG et la RSE ont pris une nouvelle dimension. J’ai le sentiment que la gouvernance des entreprises entre dans une nouvelle ère passionnante, et j’avais à cœur d’y participer en apportant ma modeste contribution.»

Quelles sont les demandes les plus fréquentes des chefs d’entreprises qui font appel à vous ?

Matthieu Belloir: «Ceux qui font appel à Conciliances ont généralement des besoins bien identifiés. Ils cherchent à mettre en conformité tout ou partie de leur reporting extra-financier, souvent dans l’urgence ou par manque de ressources internes. Ils veulent aussi mieux comprendre les exigences réglementaires actuelles et anticiper les obligations à venir, comme celles liées au devoir de vigilance européen, aujourd’hui sur la sellette. Parfois, les demandes portent sur le besoin ponctuel de disposer d’une expertise particulière sur un sujet technique ou pointu. Les compétences rares ne sont pas toujours disponibles en interne, ce qui pousse certaines entreprises à chercher un appui externe spécialisé. D’autres demandes portent sur l’identification précise de leur responsabilité de dirigeants face aux enjeux environnementaux et sociaux. Dans ce cadre, j’interviens pour informer et former les instances dirigeantes (codir, comex, conseil d’administration) afin de les aider à piloter ces sujets de manière éclairée. Des dirigeants nous sollicitent aussi pour les aider à construire un discours cohérent et crédible sur la RSE, reflet efficace de leurs engagements et de leur réalité opérationnelle.»

Quels conseils donneriez-vous au moment où une entreprise décide de faire appel à une société de conseils? Comment bien choisir, ne pas se tromper?

Matthieu Belloir: «Mon premier conseil serait de regarder au-delà du nom sur la porte. Ce qui compte vraiment, ce sont les personnes qui vont intervenir concrètement sur les missions. Ont-elles une véritable expérience de terrain? Comprennent-elles les enjeux opérationnels de l’entreprise, au-delà des grandes théories et d’un show sur PowerPoint? C’est là qu’un cabinet indépendant, à taille humaine, tire son épingle du jeu. Nos consultants ne sont pas de jeunes diplômés parachutés sur une mission, mais des professionnels aguerris, qui ont eux-mêmes exercé des fonctions clés en entreprise. Cette double casquette (opérationnelle et conseil) permet d’apporter des solutions réalistes, immédiatement applicables et adaptées au contexte de nos clients.

Faire appel à un petite structure, c’est aussi avoir un interlocuteur stable, impliqué, qui accompagne personnellement son client de bout en bout. Pas de perte d’information, pas d’effets de dilution: le lien est direct, la relation est de confiance, l’engagement est total. En résumé, il me semble que pour bien choisir son cabinet de conseil, il faut privilégier l’expertise réelle, l’expérience de terrain et la qualité de la relation humaine. Autant d’ingrédients qui garantissent la pertinence des recommandations… et la réussite de leur mise en œuvre.»

«Il est vrai que la RSE et l’ESG traversent des vents contraires, aux États-Unis et ailleurs. Mais je crois qu’il s’agit davantage d’une crise de croissance que d’un renoncement.»

Matthieu Belloir

Aux Etats-Unis (mais pas seulement) ESG et RSE sont sérieusement mis à mal ces temps-ci. Craignez-vous un recul de ces enjeux ?

Matthieu Belloir: «Il est vrai que la RSE et l’ESG traversent des vents contraires, aux États-Unis et ailleurs. Mais je crois qu’il s’agit davantage d’une crise de croissance que d’un renoncement. Le dérèglement climatique n’est pas une idée: c’est une réalité économique. En 2024, +1,6°C de réchauffement. L’année la plus chaude jamais enregistrée aura contribué à des catastrophes climatiques évaluées à plus de 400 milliards d’€. Dans ce contexte, les entreprises n’ont que deux options: s’adapter ou s’effacer. Les tensions actuelles sont le signe que ces enjeux deviennent centraux. Elles nous forcent à clarifier, à renforcer, à ancrer l’ESG et la RSE dans le réel des entreprises, loin des discours flous ou des cases à cocher. L’heure est venue de réenchanter la RSE. 

Aujourd’hui, compétitivité rime avec durabilité. De nombreuses entreprises ont compris que l’ESG et les RSE ne sont pas des freins à la performance mais, bien au contraire, une condition pour exister demain. La plupart des entreprises engagées sur le chemin de la durabilité poursuivent la nouvelle dynamique adoptée -n’en déplaise au Medef!- y compris aux USA, comme en témoignent Amazon ou Apple. D’autres hésitent encore, par crainte du coût ou du changement. Mais comme toujours, ce sont ceux qui s’adaptent qui survivent… et qui prospèrent.»

Vous êtes aussi le co-auteur du «Chaos climatique n’est pas une fatalité» aux côtés de Jean-François Rial (avec une préface de François Gemenne). Parmi les solutions que vous y proposez, quelles sont les plus urgentes, selon vous? 

Matthieu Belloir: «En 2025, cela fera dix ans que les accords de Paris ont été signés, et trente ans que les COP se tiennent chaque année. Ces grandes messes climatiques servent à faire le point sur l’état du climat et à prendre des engagements. Hélas, les résultats obtenus sont loin des grandes déclarations: depuis 2022, les émissions mondiales de GES continuent d’augmenter d’environ 1% par an, alors qu’il faudrait les réduire de 4% pour espérer rester sous les +2°C. Selon nous, cette incapacité à décarboner nos économies s’explique par deux types de blocages: des limites technologiques et des obstacles liés à l’acceptabilité sociale des mesures à prendre. Concrètement, nous n’avons plus assez de temps pour atteindre la neutralité carbone, pourtant indispensable pour éviter une hausse des températures au-delà de 2°C, avec des conséquences graves pour l’humanité.

Dans ce livre, nous proposons une solution réaliste pour rester dans les délais fixés par le GIEC. Puisque la baisse des émissions reste insuffisante, il faut en parallèle augmenter fortement la captation et le stockage du carbone. Notre idée: planter massivement des arbres. Si on double le rythme annuel de plantation dans le monde –soit 18 milliards d’arbres plantés chaque année pendant dix ans– on pourra compenser partiellement nos émissions le temps de faire évoluer nos modes de consommation et de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Cela permettrait de r

alentir les émissions dans les 25 prochaines années, avant d’accélérer leur baisse entre 2050 et 2075 pour atteindre la neutralité carbone.

Cette proposition ne risque-t-elle pas d’en surprendre certain.e.s?

Matthieu Belloir: «Naturellement, il y a 1 000 raisons de ne pas souscrire à cette proposition pourtant réaliste! Nous répondons aux plus fréquentes d’entre elles dans ce livre. Et nous avons ouvert une plateforme de discussion où, au-delà des critiques, nous invitons tous ceux qui pensent qu’il faudrait faire autrement à s’exprimer (www.jaiunemeilleureidee.com). A l’heure où nous publions ces lignes, aucun risque de faire tomber le serveur sous l’assaut d’innombrables propositions alternatives!…»

«Le changement climatique n’est pas une fatalité» de Jean-François Rial et Matthieu Belloir est paru aux éd. de l’Archipel. A noter que l’intégralité de leurs droits d’auteur sera reversée à l’association www.atreeforyou.org qui… plante des arbres!

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