Crédits Carbone : à chaque constructeur sa solution!

CO2

Que sont les crédits carbone, et à quoi servent-ils ? Combien ça coûte, et pour quelle finalité ? Enfin, le marché des VE est-il LA solution ? On fait le point !

Si les Etats sont de plus en plus nombreux à fixer leurs propres objectifs, il reste évidemment beaucoup à faire pour atteindre la neutralité carbone envisagée à l’horizon 2050.

Ainsi, l’AIE vient de livrer à la mi-mai ses nouvelles préconisations. Dans cette étude intitulée « World Energy Outlook « Atteindre le zéro émission nette d’ici 2050 » (réalisée à l’occasion de la COP26 qui se tiendra en novembre à Glasgow), l’Agence Internationale de l’Energie envisage l’avenir selon trois scénarios énergétiques.

Le premier prend en compte une situation de statu quo des actions engagées.

Le deuxième envisage la mise en place des politiques nécessaires afin d’atteindre les seuils fixés par l’accord de Paris, soit une hausse maximale des températures moyennes (et mondiales) limitée а + 2 °C.

Enfin, elle envisage un scénario« idéal » : le « zéro émission nette », qui représente la solution la plus audacieuse, et qui limiterait la hausse des températures à + 1,5°C.

Ses conclusions ? Alors que le scénario actuel n’aurait aucun effet d’ici à 2030, cet objectif de « zéro émission nette » induirait une réduction de 45%, permettant bel et bien d’arriver au zéro carbone à l’aune de 2050. Bien entendu, pour y parvenir, l’AIE donne une stricte feuille de route qui passerait (entre autres) par une baisse significative de la demande d’énergie. Une baisse qui induirait notamment d’obligatoires nouvelles mesures dans le secteur des transports : plus de vols de moins d’une heure, le vélo préconisé pour les courtes distances, la réduction de 7 km/h du trafic routier etc…

Pour l’heure ? Aucune de ses décisions n’étant encore actée, le système du crédit carbone règne évidemment en seul maître. 

C’est quoi, un crédit carbone ?

Un crédit carbone est une unité de mesure : elle équivaut à l’émission d’une tonne de CO2.

Initié par le protocole de Kyoto signé par la COP3 en 1997, il vise à aider les pays engagés en orientant leurs entreprises vers une meilleure lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, chacune de ces entreprises se voit attribuer un nombre de crédits correspondant à ce qu’elle émet en CO2. Si elle possède un excédent de crédits, elle peut les mettre en vente sur le marché du carbone. A l’inverse, si elle n’a pas réduit suffisamment ses émissions, elle peut en racheter à une entreprise plus verte, à des porteurs de projets de réduction ou de séquestration d’émissions de gaz à effets de serre (GES) ou à des entreprises intermédiaires spécialisées. Elle gagnera alors une marge supplémentaire qui lui permettra de rester dans les seuils autorisés.

Le coût d’un crédit carbone ? La moyenne se situe généralement entre 5 € et 50 € la tonne de CO2, mais (c’est une évidence !) l’impact financier n’est pas égal pour chacun : dans cette nouvelle économie, les industries les plus polluantes sont forcément les plus impactées!

L’électrique pour solution ?

Ainsi, on l’aura compris, le marché automobile est particulièrement concerné par ces mesures.

Faut-il rappeler que le secteur des transports est l’un des plus gros vecteurs de pollution sur la planète ? Conscients des enjeux (mais aussi des coûts qui peuvent leur être imputés s’ils ne respectent pas les seuils imposés), certains constructeurs misent désormais sur l’électrique pour compenser leur production thermique. Ou ont mis en place des flottes de véhicules partagées électriques avec certes l’objectif de gagner une belle image… mais surtout des crédits!

Troisième possibilité (qui peut se cumuler aux autres, il va sans dire !), le rachat pur et simple de crédits carbone. A la clé? Eviter des centaines de millions d’euros d’amende ! C’est ainsi, par exemple, que FCA avait pris l’habitude – pour respecter les normes anti-pollution européennes – d’en acheter chez Tesla (forcément excédentaire puisque 100% électrique).

En passant par ce système de rachat, et selon les chiffres avancés par le cabinet Jefferies, en 2019 FCA s’exposait à près de 2 milliards d’euros d’amende… qui auront été évités et ramenés à quelques centaines de millions de dollars dépensés! Un biais si intéressant qu’en 2020, Honda avait même rejoint le « pool » (du nom donné à ce regroupement de constructeurs).

Pour autant, l’industrie automobile bouge ses lignes, et la création de Stellantis (né de la fusion de FCA avec PSA) vient de mettre fin à cette pratique. En effet, dans un entretien donné au magazine Le Point, Carlos Tavares, nouveau Directeur Général de Stellantis, l’expliquait récemment : « Grâce à la technologie électrique que PSA a apporté à Stellantis, nous respecterons de manière autonome les limitations d’émissions de dioxyde de carbone dès cette année. Ainsi, nous n’aurons pas besoin de faire appel à des crédits CO2 en Europe, et FCA n’aura plus de pool avec Tesla ni avec qui que ce soit. » Finie donc la manne juteuse dont bénéficiait Tesla jusque là.

Songez plutôt : au seul premier trimestre 2021, le constructeur 100% électrique a gagné par ce biais plus de 500 millions de dollars. Pour un C.A. au bénéfice net de 438 millions de dollars. CQFD !